Tatouage des Marquises

boulerecit.jpgOn ne débarque pas aux Marquises par hasard… Le jour où vous foulerez pour la première fois le sable noir d’une plage marquisienne, vous aurez parcouru tant de kilomètres que vous vous sentirez comme Christophe Colomb découvrant la terre promise : vous êtes au milieu de nulle part, mais dans un nulle part de toute beauté !

île de Ua Pou aux Marquises

Pacifique est un mot magique, celui des grands voyageurs, la clé vers l’inconnu parsemé d’atolls comme autant de comètes baignées de soleil traçant au gré des alizés le chemin caillouteux du Petit Poucet dans l’océan de tous les lagons. Quand la porte du petit avion s’est ouverte sur la piste d’atterrissage de Nuku Hiva, j’envisageais à peine la mythologie de ces îles et l’envoûtement que nous y connaîtrions. Au-delà des sourires et de l’accueil sympathique, par-delà les crêtes montagneuses et les baies vertigineuses, il faut entendre les légendes pour saisir un soupçon de la richesse culturelle de cet archipel. Elles sont partout, au creux des vallées comme à la cîme des palmiers, dans la brume du petit matin ou dans les veines du tronc de manguier utilisé pour la prochaine sculpture.

Par une belle matinée ensoleillée, mon attention fut attirée par le tatouage élégant enchâssé sur l’épaule d’un costaud, maire de l’un des villages sur l’île d’Ua Pou. Je ne parle pas ici du papillon sur la hanche d’une minette aux ambitions tropéziennes. Ni du scorpion à deux têtes du propriétaire d’une Harley à Miami Beach. Ici, pas d’effet de mode ni d’appartenance sociale. Il s’agit au contraire de la fierté d’un peuple aux traditions ancestrales qui confirme par l’encre artisanale du tatoueur local ses racines culturelles et familiales. Alors que je demandais l’autorisation de photographier ces dauphins souriants, le propriétaire du tatouage en relief mourrait d’envie de me conter l’histoire de ce dessin. Je n’ai pas eu besoin de trop l’en prier pour entendre la légende qu’il avait voulu perpétuer sur son épaule et je vais essayer ici de vous la transcrire en gardant les mots employés par ce colosse…

Tatouage marquisien

Un couple de Marquisiens, fruits de la crĂ©ation humaine, vivait Ă  Havaike, sur l’une des Ă®les de l’archipel. Un beau jour, la femme (Hinai Vainoi) tombe enceinte. Le mari, Kae, doit partir en mer sur une autre Ă®le pour chercher Ă  manger et laisse sa femme sur terre pour prĂ©parer la venue de l’enfant. Elle lui suggère d’utiliser le dauphin pour survoler la mer et revenir plus vite tout en lui rappelant de ne pas oublier de frapper un coup sur la pointe de chaque cap pour signaler qu’il est toujours en vie, sinon… Mais trop pressĂ© de rentrer au plus vite, Kae oublie de frapper un coup au premier cap et vole sur les flots avec l’aide du dauphin. Lorsqu’il passe au dernier cap, sa femme le supplie par incantation de laisser le dauphin et de poursuivre par un autre moyen, mais il oublie encore et pousse un grand cri quand 7 dĂ©ferlements de vagues les engloutissent, lui et son dauphin. Le dauphin est fait prisonnier par les habitants du village le plus proche et se trouve dĂ©coupĂ© et partagĂ©.

Hinai Vainoi n’a plus de nouvelles de son Ă©poux, elle donne naissance Ă  son enfant qui grandit et se pose des questions au fil des annĂ©es : qui est donc mon père ?… Sa mère lui raconte l’histoire du père parti avant sa naissance sur le dos du dauphin et en grandissant le fils veut partir Ă  sa recherche avec le second dauphin et les mĂŞmes instructions : frapper un coup Ă  chaque cap passĂ©. Plus prudent le fils passe les six premiers caps sans encombre, donnant scrupuleusement un coup Ă  chaque cap pour informer sa mère qu’il est toujours en vie et en route. Mais au 7ème cap, il oublie de frapper le cap qui doit l’aider Ă  retrouver les vents qui le guideront au retour !

Il pousse alors le grand cri d’appel aux dieux pour implorer leur aide mais la 7ème vague entraîne le fils et le dauphin sur la plage d’une île. Le dauphin est découpé par les habitants, et le fils, furieux, saccage des plantations de taro et de kava. Les villageois l’attrapent et le jettent dans un trou avant d’aller prévenir un homme retiré dans la montagne dont l’histoire ressemble à celle de ce jeune garçon : l’homme reconnaît alors son fils et ils retrouvent ensemble le chemin du retour vers la femme qui les attend toujours.

Ce tatouage représentant les deux dauphins du père et du fils au-dessus des deux têtes de tikis (représentations des dieux) a été réalisé en trois heures seulement par un Marquisien établi à Papeete. Les motifs géométriques de ce tatouage sont typiquement marquisiens.


Meilleur Blog de l’Info 2010, catégorie Tourisme !

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6 commentaires pour Tatouage des Marquises

  1. Virginie on 15 janvier 2008 at 10 h 16 min

    Je vois que tu as craqué : tu ne peux plus résister au syndrome blog ;=))

    Bonne journée et merci pour tes merveilleux récits !

  2. Un Monde Ailleurs on 15 janvier 2008 at 11 h 44 min

    Bonjour Virginie, ce n’est pas un syndrĂ´me, bien au contraire puisque cela reste un plaisir de chaque jour. Mais quand on atteint un certain nombre de lecteurs, j’estime qu’on n’a pas le droit de dĂ©cevoir et vient alors l’obligation morale de fournir de la lecture aux visiteurs sur une base rĂ©gulière. C’est normal, et je l’accepte tout Ă  fait. Et puis c’est amusant et stimulant de se dire… « que vais-je leur raconter demain ?… ».

    En fait demain je vous raconterais bien la pluie et le vent sur Paris, mais ce serait nettement moins exotique qu’un coucher de soleil sur l’Okavango non ?…

    :-)

  3. Véronique on 15 janvier 2008 at 12 h 36 min

    Bonjour Marie-Ange et mes meilleurs voeux pour cette nouvelle annĂ©e ainsi qu’aux tiens.

    Prise dans les tourments de la vie parisienne (mĂŞme avec une mĂ©tĂ©o clĂ©mente, les vents ne sont jamais loin ici), je ne m’Ă©tais pas connectĂ©e depuis plusieurs semaines sur ton blog et lĂ , que de belles suprises (comme d’habitude devrais-je dire) dont 2 qui me touchent particulièrement pour t’en avoir dĂ©jĂ  parlĂ© : le « relooking » du site BlueWaterDinvingCenter de Hugues (qui doit ĂŞtre aux anges ?!) et ton dernier rĂ©cit sur les Ă®les Marquises (une de mes destinations rĂŞvĂ©e).

    Encore une bonne année qui commence. Merci à Francis au passage pour le choix des destinations et à toi qui nous fait vivre par procuration vos voyages à travers tes récits passionnants.

    Véronique.

  4. Un Monde Ailleurs on 15 janvier 2008 at 16 h 20 min

    Bonjour Véronique !

    Cela me fait très plaisir de te lire ici, comme toujours. Reçois tous mes voeux Ă©galement pour cette nouvelle annĂ©e, qu’elle t’offre (entre autres) la possibilitĂ© de revenir pour quelques jours sur Maurice ou de dĂ©couvrir d’autres terres et d’autres eaux…

    En ce qui concerne le relooking du site de Hugues, c’Ă©tait une obligation morale plus qu’un besoin pressent. Hugues est toujours le mĂŞme (es-tu venue au Salon ? tu aurais pu le voir, comme moi !) et il m’a montrĂ© au Salon quelques-unes de ses dernières photos et je lui ai passĂ© commande de quelques rĂ©ussites que je mettrai en ligne prochainement sur son site. Je crois que sa nouvelle version est plutĂ´t satisfaisante mĂŞme s’il faut quelques minutes pour s’adapter Ă  la nouvelle navigation. Et je dois encore amĂ©liorer quelques (menues) bricoles (d’importance…).

    En ce qui concerne les Marquises, j’avoue qu’elles ne faisaient pas partie de mes destinations fantasmĂ©es, mais une fois sur place, quel bonheur !… J’ai vraiment, vraiment apprĂ©ciĂ© l’Ă®le de Nuku Hiva par exemple, avec des paysages splendides, grandioses, et une population rĂ©ellement sympathique, et très simple Ă  aborder. On s’y sent très serein, en paix. Je dois mettre sous peu un album en ligne avec mes photos des Marquises. J’ai aimĂ© aussi les Ă®les plus confidentielles comme Ua Huka et Ua Pou, rarement visitĂ©es. Mais j’ai beaucoup moins aimĂ© Hiva Oa, pourtant la plus connue (Ă  cause de son cimetière aux cĂ©lĂ©britĂ©s). C’est un archipel qui mĂ©rite le dĂ©tour, et si tu vas y plonger, tu dois rencontrer Pipapo sur place qui saura te montrer les dauphins pĂ©ponocĂ©phales et quelques-unes des plages splendides de son Ă®le (Nuku Hiva).

    Je vais transmettre ton message Ă  l’Homme qui sera ravi de le lire, merci pour lui. Il nous prĂ©pare actuellement la suite des rĂ©jouissances et je peux d’ores et dĂ©jĂ  annoncer que tous les plongeurs seront comblĂ©s, c’est promis !… J’ai hâte de repartir et de vivre tout cela au plus près pour pouvoir vous raconter ensuite.

    Et j’espère avoir le plaisir de te croiser quelque part dans le monde prochainement !!!…

    :-)

  5. Tomawak Diver on 17 janvier 2008 at 13 h 01 min

    Merci Marie-Ange pour cette belle histoire.

    Mais je m’interroge sur la signification de celle-ci…
    Est-ce : Le sacrifice des dauphins n’est finalement liĂ© qu’aux erreurs humaines ?
    ou bien quelque chose de plus simpliste comme « il toujours Ă©couter sa femme et sa maman » ? ;-)

  6. Un Monde Ailleurs on 18 janvier 2008 at 13 h 21 min

    Je crois qu’il s’agit surtout de « l’homme doit Ă©couter et apprendre Ă  vivre en harmonie avec la nature, lui obĂ©ir, et la servir ».

    Maintenant, je ne suis pas contre « il faut toujours Ă©couter sa femme et sa maman » !. ;-)

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