Sources de la Seine, en Bourgogne

Plongee speleo sources SeinePremière plongĂ©e spĂ©lĂ©o dans l’une des sources de la Seine, le 10 mai… Il nous a fallu Ă  peine trois heures la veille pour rallier Châtillon sur Seine en CĂ´te d’Or, Ă  80 km au nord de Dijon. Il a plu depuis quelques jours et dès notre arrivĂ©e sur le site, avant mĂŞme de chercher l’hĂ´tel, l’Homme veut vĂ©rifier le niveau de la source : il est assez Ă©levĂ© et le dĂ©bit est important ; ce qui laisse prĂ©sager du courant…

Francis Le Guen et Marie-Ange Ostré

En explorateur aguerri et plusieurs fois recordman du monde et de France en plongĂ©e de l’extrĂŞme, l’Homme a passĂ© toute une journĂ©e Ă  prĂ©parer notre matĂ©riel : deux bouteilles de plongĂ©e sur le dos (chacun !), la combinaison Ă©tanche pour lui, une autre de 5 mm d’Ă©paisseur pour moi (je dois ĂŞtre formĂ©e avant d’ĂŞtre capable de plonger avec une combi Ă©tanche, donc pour cette fois, je serai mouillĂ©e), une cagoule, un casque avec deux lampes dessus, des gants, un gros phare Ă  la ceinture pour Ă©claircir les galeries. L’objectif est double :
- effectuer mon baptĂŞme de plongĂ©e spĂ©lĂ©o et m’habituer au matĂ©riel transportĂ© sur mon dos, Ă  l’Ă©clairage et aux conditions de plongĂ©e très particulières,
- tourner des prises de vue en vidéo sous-marine grâce à une petite caméra DV qui doit fournir des images pour être insérées dans le programme Bleu Clair que nous tournons en Bourgogne pour France 3.

Sur le site le lendemain Ă  15:00, il nous faut vingt bonnes minutes pour nous Ă©quiper. Le 4 x 4 est chargĂ© Ă  bloc et l’Ă©quipe de tournage attend sagement que nous soyons prĂŞts. L’Homme doit tourner une sĂ©quence en tenue, dans l’eau : faire semblant de sortir d’exploration pour lancer un court sujet qui s’intercalera entre ses interviews. Au cours d’un tournage les sĂ©quences sont souvent tournĂ©es dans le dĂ©sordre avant d’ĂŞtre montĂ©es en post-production. Difficile, une fois harnachĂ©, de prendre l’air naturel pour parler sur un ton de voix normal, comme si de rien n’Ă©tait… Mais on ne peut le comprendre qu’après avoir enfilĂ© un Ă©quipement complet et s’ĂŞtre senti Ă  demi-Ă©touffĂ© par tout ce nĂ©oprène qui colle Ă  la peau.

Marie-Ange Ostré 2004

Sous l’eau, l’Homme tiendra la camĂ©ra et dĂ©cide des prises de vue ; il me fait un brief avant le dĂ©part, m’indique un mode de communication sous l’eau compliquĂ© par le fait qu’en plus de la parole qui nous manque, il faut tenir compte de l’Ă©clairage que je dois apprendre Ă  maĂ®triser : pas question de regarder l’Homme de face sinon il prendra mes deux lampes frontales en plein visage et sera aveuglé… Si je suis trop de profil, je serai incapable de voir ses gestes et donc ses indications. Par prĂ©caution, il m’explique avant de plonger les sĂ©quences qu’il souhaite tourner et ce qu’il attend de moi. Je ferai l’Ă©clairage d’appoint et le modèle lorsqu’il voudra montrer l’Ă©chelle humaine Ă  l’intĂ©rieur des failles et des galeries.

Francis Le Guen, plongeur spéléo 2004

J’attends sagement, Ă  demi-Ă©quipĂ©e, que la sĂ©quence extĂ©rieure soit tournĂ©e, puis l’Homme Ă´te son bi-bouteilles et ses palmes et vient me donner un coup de main pour finir de m’Ă©quiper, notamment du casque et de la cagoule. La cagoule me pose un problème avec mes cheveux : la dernière fois que je l’ai essayĂ©e, j’y ai laissĂ© une vĂ©ritable touffe de cheveux coincĂ©e dans le nĂ©oprène !…Cette fois nous avons trouvĂ© une astuce qui me permet de faire glisser les cheveux sans encombre en enfilant d’abord un simple sac plastique avant de passer la cagoule. Puis il suffit de faire glisser le sac plastique pour l’enlever.

Ensuite, mise Ă  l’eau… Sous les 30 kg de matĂ©riel sur mon dos, je vacille un peu jusqu’au bord de la source. L’Homme m’aide Ă  entrer dans l’eau sans m’y vautrer de façon inĂ©lĂ©gante et je sens immĂ©diatement un filet d’eau insidieux de 10° envahir mes chaussons jusqu’aux genoux, puis sous mes gants jusqu’aux coudes. Lorsque je mettrai la tĂŞte sous l’eau, l’eau s’infiltrera lĂ©gèrement sous la cagoule et un peu dans le cou, direction les pectoraux !…Brrr… J’ai quittĂ© mes Ă®les il y a moins de six mois et d’habitude, je ne me lave mĂŞme pas les mains dans une eau aussi froide !!!

Plongée spéléo sources de la Seine, en Bourgogne
L’Ă©quipe de tournage s’est un peu Ă©loignĂ©e, dubitative, nous observant nous mettre Ă  l’eau pour explorer les dessous de la falaise dans l’obscuritĂ©. Seul le rĂ©alisateur s’agite encore autour de nous, s’amusant Ă  prendre les photos que j’ai demandĂ©es pour que mon fils puisse constater sur pièces que sa mère a bien osĂ© s’immerger dans une eau qui n’a plus rien Ă  voir avec le liquide presque fĹ“tal de l’ocĂ©an indien en plein dĂ©cembre… Je suis loin des 28° dans lesquels je baigne d’habitude dans une combinaison Ă  3 mm… je songe fugitivement Ă  mes amis mauriciens qui ont participĂ© de près Ă  ma formation en plongĂ©e.

Pendant qu’il enfile Ă  nouveau son bi, l’Homme me houspille pour que je me mette complètement Ă  l’eau et que j’Ă©quilibre tout ce matĂ©riel sur mon dos, histoire de vĂ©rifier ma flottabilitĂ©. Plus le choix, il faut y aller. Je suis un peu dĂ©sarçonnĂ©e par les 6 kilos de plomb qu’il a ajoutĂ© sur mes hanches, en mer je ne prends qu’un kilo lorsque je n’emporte pas l’appareil photo avec moi… Mais la combi 5 mm entraĂ®ne une flottabilitĂ© accrue et si je veux pouvoir descendre sous la surface, il faut me plomber.

Je suis saisie par le froid pendant les deux premières minutes et je me demande comment je vais pouvoir tenir la demi-heure nĂ©cessaire aux plans de tournages. Je suis supposĂ©e assurer l’Ă©clairage, j’ai intĂ©rĂŞt Ă  ĂŞtre Ă  la hauteur. Pour rĂ©gler ma stab je vais et viens dans quelques soixante centimètres d’eau, surplombant un joli herbier ; c’est la première fois que je vois de « la salade » dans l’eau !… Surprise Ă©galement, c’est la première fois que je plonge dans de l’eau douce… Aucun sel sur mes lèvres. Ca, c’est plutĂ´t agrĂ©able. Mais le soir-mĂŞme je dĂ©couvrirai que mes mains n’ont apprĂ©ciĂ© que modĂ©rĂ©ment le taux de calcaire Ă©levĂ©.

L’Homme est prĂŞt, il s’agit maintenant de passer sous la falaise et de s’enfoncer dans la nuit. Il m’a dessinĂ© la veille le plan de la plongĂ©e, je sais qu’il y a une faille Ă©troite, puis une petite salle de galets et une anfractuositĂ© qui permet de passer dans une immense galerie Ă  l’eau vert Ă©meraude. Nous nous immergeons.

Je voudrais le laisser passer devant, mais immĂ©diatement il me fait signe de prendre la tĂŞte dans la faille : il veut me filmer de dos pour avoir une prĂ©sence humaine entre ces murs de calcaire. Pas le temps de m’adapter Ă  l’obscuritĂ© hostile. Le problème c’est que mon oreille droite refuse d’accepter la pression de l’eau : je n’ai pas plongĂ© depuis quelques mois et Ă  6 mètres sous la surface, elle bloque. Je ne peux pas forcer. Je m’Ă©nerve un peu intĂ©rieurement, mais je sais que je ne peux rien y faire, il faut rĂ©pĂ©ter les manĹ“uvres de dĂ©compression, dĂ©glutir, souffler par le nez, jusqu’Ă  entendre ce lĂ©ger claquement qui permet aux tympans de reprendre leur place.

L’eau est froide, le noir est total hormis le faisceau de nos Ă©clairages respectifs, les murs qui nous emprisonnent sont lisses de craie orangĂ©e lĂ©gèrement stratifiĂ©e ; un monde Ă  part. Une Ă©norme chaĂ®ne mĂ©tallique est fixĂ©e par des pitons sur la paroi, l’Homme tempĂŞtera en sortant pour dĂ©noncer la dangerositĂ© d’une chaĂ®ne mĂ©tallique qu’on ne peut pas sectionner en cas d’urgence.

Après deux ou trois minutes, cette oreille capricieuse fait entendre un lĂ©ger sifflement condescendant : elle m’autorise Ă  descendre plus bas. Je fais signe Ă  mon compagnon puis je reprends ma progression tĂŞte en bas vers le bas de la faille. Nous ne pouvons nous tenir que l’un derrière l’autre et j’avance en posant une main sur le fond : je suis trop lestĂ©e, trop de plomb. Il me faut augmenter l’Ă©quilibrage du gilet en air pour retrouver un semblant de flottabilitĂ© et ne pas jouer les rampants. Je ne songe plus qu’Ă  une chose : ne pas encombrer et me montrer Ă  la hauteur de ses attentes, il est lĂ  pour rendre quelques minutes de film Ă  la chaĂ®ne, pas question de le handicaper dans son travail. Le stress de l’incompĂ©tence me stimule : j’oublie totalement le froid et le noir, j’ai une mission et je m’applique Ă  diriger le faisceau de l’Ă©norme phare surpuissant que je tiens en mains vers les parois de la faille afin de bien dĂ©couper ma silhouette dans l’eau.

En moins d’une minute j’accède Ă  une toute petite cavitĂ© pavĂ©e de petits galets ronds, usĂ©s par le courant qui s’engouffre violemment Ă  l’intĂ©rieur de cette salle par une Ă©troite ouverture. Je vise cette bouche pour me glisser dans la galerie suivante que l’Homme m’a promise comme Ă©tant de toute beautĂ©, mais il me faut un moment pour rĂ©aliser que je fais du sur-place ! IntriguĂ©e par ces petits cailloux qui volètent sous l’effet du courant, je continue Ă  palmer Ă©nergiquement sans atteindre l’orifice convoitĂ© (!). Je sens la prĂ©sence de mon cameraman privilĂ©giĂ© derrière moi et je me dĂ©cale lĂ©gèrement sur la gauche de la paroi, il passe sur le cĂ´tĂ© droit et se hisse Ă  la force d’une main grâce Ă  cette chaĂ®ne mĂ©tallique pour atteindre le passage.

HĂ©las, il faut dĂ©chanter : le courant est si agressif que nous avons peine tous les deux Ă  ne pas refluer vers la faille comme deux feuilles mortes emportĂ©es par un vent d’automne ! Un courant qui me rappelle une certaine plongĂ©e dans une certaine Fosse aux Requins, trois jours après le passage d’une queue de cyclone sur Maurice. La camĂ©ra de l’Homme bouge si fort dans sa main gauche qu’elle danse un jerk effrĂ©nĂ© ; quant Ă  mon phare long de 25 cm et d’un poids d’environ 2 kg, il en fait autant et il me faut forcer pour maintenir la stabilitĂ© de mon Ă©clairage. Incroyable ! En fait, il a plu si dru ces derniers jours, que le dĂ©bit de la source a augmentĂ© et ce passage Ă©tant le seul accès vers l’air libre, le courant pousse aussi fort que possible.

L’Homme se glisse sur la droite de la cavitĂ© et je me positionne derrière lui, essayant de l’Ă©clairer de mon mieux. Je me tiens maintenant Ă  la chaĂ®ne puis j’essaie Ă  mon tour de me hisser jusqu’Ă  la percĂ©e pour tenter de m’introduire dans la galerie. Peine perdue, le courant me l’interdit et je me replie derrière l’Homme qui continue Ă  soulever des galets d’une main pour montrer le courant qui les fait voler littĂ©ralement dans l’eau. Il tournera lĂ  l’une des sĂ©quences dont il est le plus fier sur cette plongĂ©e. Commence alors pour moi un petit Ă©pisode malencontreux : avec mon dĂ©tendeur, j’inspire une grande goulĂ©e… d’eau fraĂ®che !!!… Alerte ! De l’eau s’est introduite dans mon dĂ©tendeur et elle gargouille Ă  chacune de mes inspirations, se mĂŞlant Ă  l’air qui m’est nĂ©cessaire. Hors de question de l’avaler, je refuse de me noyer lĂ , au fond d’une faille sous une falaise, Ă  13,8 mètres de profondeur !… Plusieurs inspirations sont identiques, mi-eau mi-air. Contrariant…

Je rĂ©flĂ©chis en vitesse lumière (mĂŞme dans le noir, c’est possible !), je me retourne un quart de seconde vers la sortie pour Ă©valuer le temps qu’il me faudrait pour remonter sans encombre, mais je ne vois mĂŞme pas le haut de la faille. J’expire plusieurs fois brièvement mais avec force pour tenter d’Ă©vacuer cette eau sournoise qui me met en danger et rendre son volume nĂ©cessaire Ă  l’air que j’espère. Je devrais prĂ©venir l’Homme qui continue Ă  filmer Ă  un mètre de moi, mais ça me coĂ»te de l’interrompre dans son travail. Ca ne fait que quinze minutes environ que nous sommes sous l’eau et je ne veux pas pĂ©naliser son travail par mon manque de maĂ®trise.

A ce moment-lĂ  il se retourne vers moi ; je lui fais signe que j’ai un problème de dĂ©tendeur. Il me rĂ©pond par signe de changer de dĂ©tendeur : j’avais dĂ©jĂ  oubliĂ© qu’en spĂ©lĂ©o si on plonge avec deux bouteilles sur le dos, on a aussi deux dĂ©tendeurs… Je passe alors au second. En mĂŞme temps, il me fait signe qu’on ne rĂ©ussira pas Ă  passer dans la grande galerie et que nous remontons dans la faille ; il passe le premier. Avec le second dĂ©tendeur, j’ai un peu moins d’eau, ça se calme. Je fais quelques mètres derrière lui en remontant et l’eau se fait plus rare. Je rĂ©alise alors que le courant fort a sans doute eu quelque effet sur l’un des composants techniques du dĂ©tendeur et que celui-ci a donc laissĂ© filtrer l’eau. Je veux tester mon hypothèse et je repasse alors sur mon premier dĂ©tendeur : a priori, je ne me suis pas trompĂ©e. En nous Ă©loignant du fort courant, l’eau ne me parvient plus qu’en un faible gargouillis ; c’est largement supportable et sans danger cette fois. L’Homme se retourne, me demande si tout va bien. Je fais signe que oui. Il me demande alors de monter Ă  la verticale devant lui pour me filmer dans la remontĂ©e. L’opĂ©ration est un peu dĂ©licate puisqu’il me faut d’abord passer entre ses jambes pour le dĂ©passer ; dans la faille nous ne tenons pas cĂ´te Ă  cĂ´te. Faute d’instruction plus prĂ©cise, je remonte lentement la faille vers la surface. Je suis encombrĂ©e par mon surplus de lestage et j’ai du mal Ă  dĂ©coller. Il y a une première petite salle avant une seconde portion de faille, mais comme j’ignore s’il continue Ă  filmer et que je ne peux pas me retourner face Ă  la camĂ©ra pour le lui demander, je dĂ©cide de continuer jusqu’Ă  la sortie.

ArrivĂ©e en surface, j’Ă©merge quelques secondes, le temps de vider mon dĂ©tendeur de toute l’eau qu’il contient encore. Je le remets en bouche puis je redescends. Je cherche l’Homme. Le scĂ©lĂ©rat est restĂ© tout seul Ă  barboter dans sa faille et j’aperçois plus bas quelques raies de lumière bleue entre les parois d’or soufrĂ©. Le Monsieur filme sa source. Il est descendu ici des centaines de fois dans le passĂ©, transformant le lieu en site d’entraĂ®nement et en studio de tournage pour des raccords de films qu’il rĂ©alisait. Il connaĂ®t bien, et en vĂ©ritĂ© il n’a nul besoin de moi. Je l’aperçois qui remonte lentement, tenant sa camĂ©ra Ă  bout de bras dans cette faille. Il me rejoint dans la toute petite salle pavĂ©e de quelques galets ronds, plus gros que dans la mini-salle du bas. LĂ , il prendra quelques minutes Ă  filmer longuement nos bulles d’air qui se fixent sur la voĂ»te et roulent comme des perles de mercure. Il rĂ©oriente mon Ă©clairage pour croiser nos lumières puis me fait signe de m’Ă©loigner un peu pour passer ensuite devant son objectif et faire ce que l’on appelle en langage cinĂ©matographique « une sortie de champ » qui indique la fin d’une scène. Je m’exĂ©cute et opère un virage sur ma droite avant de traverser « le champ » devant lui, snobant l’objectif impassiblement. Je sors de la falaise et continue sur quelques mètres dans l’herbier qui pousse sous l’eau grâce Ă  l’apport de la lumière du soleil. L’Homme me suit, camĂ©ra au poing et rĂ©alise alors un très beau plan, Ă  bout de bras, en se plaçant lui-mĂŞme derrière des renoncules d’eau qui forment un rideau vert ondoyant dans cette eau cristalline.

Deux minutes plus tard, nous Ă©mergeons. Quelques badauds se sont agglutinĂ©s au bord de la source et nous pataugeons maladroitement dans l’eau, le temps d’enlever nos palmes. Le froid me rattrape d’un seul coup : je me sens gelĂ©e de la tĂŞte aux pieds ! A l’extĂ©rieur il fait Ă  peine douze degrĂ©s. Retour au 4 x 4, le rĂ©alisateur est impatient de voir les images que l’Homme vient de tourner, nous nous sommes surtout impatients de retrouver des vĂŞtements secs. Il nous faut moins de temps Ă  nous dĂ©shabiller qu’il nous en a fallu pour nous Ă©quiper !… Et nous voici rapidement assis en voiture, Ă  visualiser les images tournĂ©es.

J’ai l’impression d’avoir Ă©tĂ© nulle en tant qu’Ă©clairagiste sous-marin, la plongĂ©e spĂ©lĂ©o en elle-mĂŞme a Ă©tĂ© Ă©courtĂ©e du fait de l’impossibilitĂ© de passer dans la vaste galerie, et j’ai fait perdre du temps avec cette oreille qui ne passait pas. Mais mon ordinateur le confirme : nous avons passĂ© tout de mĂŞme 23 minutes dans cette eau Ă  10°, mes mains sont Ă©carlates sous l’effet du froid et mes ongles sont bleus. NĂ©anmoins l’Homme se fĂ©licite : il est globalement content de ses images, je ne sais pas distinguer s’il dit cela uniquement pour me faire plaisir ou s’il est sincère. Mais il est vrai que nous avons a priori quelques belles minutes exploitables : un superbe plan avec les galets ronds qui volent dans l’eau et la force du courant soulignĂ©e Ă©galement par des particules de calcaire qui dĂ©rivent Ă  une vitesse importante, une sĂ©quence avec l’Homme au premier-plan et moi en arrière-plan dans la petite salle du bas, de belles bulles de mercure sous la voĂ»te de calcaire safranĂ©e, quelques beaux plans de lumière bleue dans le noir de la faille et un magnifique herbier sous la lumière du jour. Frustration : il nous faut abandonner la cassette au rĂ©alisateur qui l’emporte au montage Ă  Nancy et nous ne la rĂ©cupèrerons jamais. Il va nous falloir attendre pour voir ces sĂ©quences sous-marines intĂ©grĂ©es dans l’Ă©mission. Quels plans le rĂ©alisateur choisira-t-il de conserver ?… Mystère.

Au moment oĂą nous rassemblons le matĂ©riel dans les 4 sacs de voyage, je rĂ©alise que nous avons oubliĂ© des plombs dans le lit de la source Ă  un mètre du bord !… Il faut que l’un de nous deux se remette Ă  l’eau pour les rĂ©cupĂ©rer. L’Homme est en jean, tee-shirt, chaussettes et grosses chaussures. J’ai la mauvaise idĂ©e d’ĂŞtre en pantalon de jogging, petites chaussettes et tennis. Le plus rapide, pour que nous puissions rentrer au chaud Ă  l’hĂ´tel, c’est que je m’y mette ! Et je renfile le maillot de bain mouillĂ© pour entrer sans combinaison cette fois dans les 10° malĂ©fiques : erreur, j’ai de l’eau Ă  mi-cuisses et je m’aperçois que les trois plombs gisent sur le lit de sable Ă  mes pieds. J’avais frileusement gardĂ© mon sweat-shirt, il sera trempĂ© alors que je pousse des couinements en plongeant le bras dans l’eau Ă  trois reprises. Mais le matĂ©riel est sauf, les plombs retrouvent le coffre du 4 x 4 et je n’ai plus qu’Ă  piquer sa polaire Ă  mon Homme pour le punir d’avoir ri devant mes cuisses rouges de froid !

Cette expĂ©rience nous a permis de me tester pour la première fois en plongĂ©e spĂ©lĂ©o et de vĂ©rifier le fonctionnement du matĂ©riel et de l’Ă©quipement de prises de vue. Encore quelques dĂ©tails Ă  affiner et nous serons prĂŞts pour de nouvelles aventures en totale autonomie. Et nous venons de dĂ©cider de nous lancer nous-mĂŞme dans l’apprentissage du montage vidĂ©o. C’est un domaine qui m’intĂ©resse fortement, j’aimerais en tâter. L’Homme a des compĂ©tences et une expĂ©rience que nous devons exploiter. J’aimerais y ajouter les miennes et les approfondir.

Mon impression de la plongĂ©e spĂ©lĂ©o ?… Ă  vrai dire, j’ai trop peu d’Ă©lĂ©ments pour me forger une opinion. Nous ne sommes restĂ©s que 23 minutes sous l’eau avec très peu de parcours en progression et nous avons Ă©tĂ© bloquĂ©s assez rapidement par ce courant. Pour l’instant, j’ai surtout l’impression d’un monde hostile, fait de nuit et de parois froides. Nulle vie. Ca me change beaucoup des plongĂ©es en mer. Mais on me promet qu’il y a des lieux uniques Ă  voir, ici et ailleurs. Et l’assurance de croiser peu de plongeurs sur notre parcours est plutĂ´t pour me plaire.

Par contre, j’ai eu l’occasion de plonger dans le monde de mon compagnon de vie et d’aventures. Et comme d’habitude chez moi, l’expĂ©rience humaine a tendance Ă  primer sur l’expĂ©rience physique. J’ai fait un pas dans cet univers qu’il a longuement explorĂ© dans le passĂ©. Il n’y aura plus de grandes expĂ©ditions, et l’aspect physique de l’exploit ne m’attire pas particulièrement. Mais je sais qu’il m’emmènera maintenant vers des contrĂ©es souterraines inconnues ou non du plus grand nombre. L’important pour moi cette fois, c’est d’avoir rĂ©ussi Ă  passer outre le froid et avoir rĂ©ussi Ă  travailler ensemble, pendant quelques minutes, dans un environnement très particulier qu’il avait Ă  cĹ“ur de m’offrir.

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(7 days ago).