C’était ma toute première fois au Maroc, et j’ai ouvert de grands yeux, j’ai humé partout, j’ai profité de chaque instant. J’ai goûté, testé, parlé, partagé. Appris beaucoup. Et la tradition aidant, ma curiosité faisant le reste, j’ai testé dès le second soir les soins du corps à la marocaine en choisissant un hammam suivi d’un gommage pour éliminer les cellules mortes. Rentrant tout juste des Maldives où j’avais cuit façon tournedos sur la plage au cours de quelques séances photos sous le soleil de l’océan indien, il me semblait judicieux de nettoyer tout cela pour faire peau neuve.
Après une longue balade de plusieurs heures dans les souks de la médina j’ai donc enfilé un peignoir en rentrant au riad Utopia dans lequel j’avais élu domicile pour quelques jours et j’ai retrouvé la jeune Roka, esthéticienne de métier, aux yeux cernés de khôl. Rondelette, souriante et discrète, elle m’entraîne immédiatement vers le hammam où elle me laisse macérer scrupuleusement entre quatre murs ocres. Dans la pénombre brumeuse je songe aux hammams que j’ai testé récemment en Californie, et aux Seychelles. Le hammam, j’aime : s’il faut accepter la chaleur excessive, il faut supporter aussi cette humidité étouffante que certains peuvent ne pas tolérer. Si le sauna me ramène inéluctablement à mes souvenirs de voyages en Scandinavie, le hammam est un plaisir de langueur auquel il faut s’adonner en toute quiétude. Lorsque je suis à point, Roka entre dans la petite pièce sans fenêtre, en short de cycliste et débardeur de sport. Elle saisit une pomme de douche, règle le jet et la température et m’inonde de la tête aux pieds. Phase 1.
Roka m’indique une serviette de bain étalée sur le lit de repos et me jette un laconique « enlève ça« . Le « ça », c’est le deux-pièces récemment acheté aux Seychelles. J’enlève le haut sans broncher, et je comprends illico que le bas doit rejoindre son homologue. Pudiques, s’abstenir !
J’ai alors droit à un lavage en règle, au gant éponge, avec du savon noir, pour amollir la peau dit-elle. Le savon noir ne sent pas excessivement bon, et le fait d’être lavée de la tête aux pieds est à la fois très agréable et un brin régressif (ça ne m’était pas arrivé depuis que ma mère m’avait fait comprendre que j’étais une « grande fille », je devais avoir quatre ou cinq ans). Après les premières secondes de pudeur européenne, je décide de laisser faire la jeune fille qui s’applique : elle commence par me frotter le visage, en petits cercles concentriques et en insistant sur les zones dites grasses. Consciencieusement, elle n’oublie ni les oreilles ni la nuque, et elle passe au shampoing avant de reprendre son gant éponge et le savon noir pour me savonner depuis les épaules jusqu’aux orteils…
Pâte cosmétique de gommage, le savon noir est un produit naturel végétal fabriqué à base d’huile d’olive, d’olives noires concassées et de potasse. Partie intégrante de la cosmétique orientale, et plus spécifiquement marocaine, le savon noir est utilisé pour nettoyer, purifier et adoucir la peau lors de séances en hammam ou à domicile. Doux et onctueux, il mousse très peu et n’irrite pas. Ambré, et sans additif de parfum, son odeur peut être légèrement dissuadante. Certains préféreront une version parfumée à l’eucalyptus, très douce.
Le temps d’enduire chaque millimètre carré de ma peau d’une mousse très légère, et Roka me rince au jet, de haut en bas. Je me fais l’effet d’une curiste. J’ignore si ma peau est ramollie, et donc prête au gommage, mais l’eau est très chaude et il est déjà temps de passer à la phase 2.
Je m’allonge sur le ventre sur le banc recouvert d’un drap de bain immaculé et Roka s’arme cette fois d’un gant de crin avant de s’attaquer à mes chevilles.
Gant de crin ou de fils barbelés ?!…
En posant la question j’apprends qu’il s’agit d’un gant kessa : fabriqué quelques siècles auparavant en poil de chèvre, il est confectionné de nos jours dans un textile rugueux et sert aux marocaines pour exfolier la peau après l’application du savon noir qui favorise l’ouverture des pores et l’élimination des impuretés. Mais pour l’heure Roka est concentrée sur mes pieds, et tandis que j’attendais un gommage granuleux à l’européenne (pourquoi ?!), je retiens grimaces et froncement de sourcils sous l’énergie dévastatrice de Roka qui frotte, s’éloigne puis revient sur chaque centimètre de peau !
De temps en temps j’entends un court « c’est bien, tu vas avoir la peau toute douce« . J’ai du mal à la croire tant j’ai le sentiment que j’en sortirai écarlate, façon homard. Mais je lui fais confiance puisqu’elle vient de me garantir que les Marocaines procèdent au nettoyage de leur peau chaque semaine. Et lorsqu’elle s’est assurée qu’il ne reste plus une seule parcelle de peau claire sur mes épaules, elle me demande de me retourner : je m’exécute, et elle se concentre de nouveau sur mes pieds avant de remonter par frictions renouvelées jusqu’à mon front !
Lorsqu’elle m’annonce : « voilà, ça va aller !« , elle est presque essoufflée sous l’intensité de l’effort qu’elle vient de fournir et je m’en voudrais presque. Ce n’est qu’en ouvrant les yeux que je serai convaincue du bien-fondé de son action énergique : je suis couverte de minces rouleaux de peau morte, de la tête aux pieds !… Devant mon expression dépitée, et presque honteuse, elle éclate de rire : « c’est normal, vous les Européennes vous utilisez des gommages avec des grains de noyaux de fruits, c’est bien mais le savon noir et le gant de kessa avec la chaleur du hammam, ça nettoie mieux« .
J’ai alors droit à une nouvelle douche au jet, à l’eau bien chaude. Avec la sensation d’avoir été brossée, frottée, étrillée, tel un serpent en fin de mue je regarde disparaître les peaux mortes en oubliant déjà la cuisante chaleur des frictions de Rocca avec son gant perfide. Une serviette enroulée autour du corps, et elle m’invite à m’installer sur la table de massage dans la pièce adjacente. Le temps pour elle de se sécher et de changer de tenue, et la voici de nouveau à mes côtés, souriante et pétillante. Elle allume quelques bougies, presse un doigt sur une radio cassette et enduit ses mains d’huile.
Pendant le quart d’heure qui suit, je me sens proche du nirvâna !
Consciencieusement Roka presse, masse, et rend toute sa vitalité à ma peau martyrisée mais dépourvue de toute impureté : l’huile d’argan pénètre, nourrit, adoucit depuis des siècles la peau des Marocaines. Je me sens enveloppée d’une voile de soie, et je renaîs entre les mains habiles de cette jeune esthéticienne qui chantonne de bon coeur sur les trémolos de… Julio Iglesias ! Croyez-le ou non, mais à cette minute j’ai compris pourquoi tant de femmes succombent encore au charme de la voix roucoulante de cet hidalgo d’un autre âge.
De retour dans ma chambre à la pénombre fraîche je m’allonge sur le lit et… je m’endors.
Je n’ai repris mes esprits qu’en entendant frapper à la porte, la jeune Marocaine m’apportait un thé à la menthe brûlant, accompagné de petites pâtisseries orientales. Monstrueuse tentation pour une gourmande qualifiée, j’ai donc succombé à cette invitation. Mais pour mieux en profiter j’ai rejoint la jeune femme et les propriétaires de ce riad de charme sur le toit terrasse pour profiter du coucher de soleil et apercevoir, au loin, les sommets de l’Atlas. Le lendemain Roka acceptait de livrer ses yeux de velours noir à l’objectif de mon appareil photo…

(PS pour un message personnel : je souhaite un très joyeux anniversaire à une très jolie petite fille au nom d’île, qui me manque beaucoup…)





Rédactrice, auteur et photographe, Marie-Ange Ostré publie chaque semaine le récit et les photos de ses voyages en direct ou en léger différé. Paysages, rencontres, plongée sous-marine, cuisine, culture, bons plans,... Tous les voyages, à l'écoute des cinq sens !








Je me souviens de ce passage au hammam … Parfaite description … Je n’ai pas eu la chance me reposer dans ma chambre. Mais j’ai bien profité d’un thé et de ces quelques instants de douce zénitude simple
Merci Marie Ange.
Ah, « zénitude » est un terme bien à moi, je vais déposer un copyright !!!…
C’est impossible car j’étais le premier
…
PS;
Le regard profond me manque …
Le regard est en étude, mais je voudrais bien trouver autre chose d’un peu plus « voyageur »…
Une surimpression de ton regard sur bleu lagon avec iles …
moi aussi j’ai mon hammam perso et ma masseuse (saadia ) et epouse ca c’est le top et comme je suis gourmand ce soir couscous, amitié jc et saadia
[...] : messieurs et mesdames, ne manquez pas la séance hammam / gommage que j’ai déjà raconté ici. C’est un petit spa, mais avec des soins traditionnels qui vous donneront envie de tout [...]
….après avoir lu ce récit et parcouru avec gourmandise le site du Riad, je file voir les prix, et oooohhhhhh…..bonheur….c’est à ma portée…..j’en viendrais presque à regretter le WE en thalasso à Dinard (tout près de chez moi) que vient de m’offrir mon mari pour mon anniversaire….:/, mais je vais commencer par profiter de la thalasso….dans 15j !
Pierrard > conjuguer massage et cuisine orientale n’est sans doute pas la toute première qualité de cette épouse…
Emmanuelle > sur mon autre blog http://www.meilleurshotelsdumonde.com je publie sur tous les hôtels pour lesquels j’ai eu un coup de foudre et que je souhaite vous recommander vivement. Le Riad Utopia est dans la lignée des hôtels de charme mêlé d’un soupçon de boutique-hôtel : petite structure préservant le charme et l’intimité. Si en plus les tarifs sont attractifs, il ne faut plus hésiter !
Et dans ce Riad il est possible comme je le raconte ci-dessus de profiter de nettoyage / gommage de peau dans une ambiance hamman perso. Ca vaut la thalasso…
Je commence à préparer ce WE à Marrakech (en Avril si possible), avec ma maman, mais les agences de voyages proposent des tarifs bien élevés à mon gout…(genre 320 euros le vol….)alors que sur le net j’ai pû trouver quelque chose comme 500 euros pour 2 personnes tout compris ! Qu’en penses-tu ? 500 euros pour 2 pour 3 ou 4 jours,tout compris, si possible dans un Riad, est-ce trop demander ? Quelle agence ? Et par Internet ?
Bise de Bretagne
Bonjour Emmanuelle, je ne sais que te répondre : je voyage si souvent que je n’ai pas trop le souvenir de ce que m’a coûté un voyage, un an plus tard. Si je me souviens bien j’avais voyagé avec Blue quelque chose (compagnie aérienne) et pour un tarif avantageux. Mais je ne passe quasiment jamais par une agence, je réserve un vol sec puis un hôtel. Et puis tout dépend de la période à laquelle tu voyages (le mois, milieu ou fin de semaine, jour férié inclus ou non, etc…). Pas évident de te répondre comme cela…
Il y a un tas de comparateurs de prix sur le web, ces compagnies me demandent sans arrêt d’en intégrer un sur mon blog mais je ne veux pas me retrouver avec des trucs clignotants partout sur ma page d’accueil ! Désolée !…
Néanmoins je suis certaine que Marrakech te plaira en avril !
Et bien voilà, c’est retenu: 3j en formule demi-pension avec Fram, pas de riad, snif, mais un tarif à ma portée (329E tout compris), fin Mai. J’ai hâaaate !
Je suis très contente pour toi Emmanuelle, je suis certaine que tu aimeras les couleurs, les parfums, les saveurs du Maroc. Ce pays est fait pour la chaleur humaine et la gourmandise.
Je te souhaite un excellent séjour en mai (pendant que je serai ailleurs, au soleil également) !