Saudade, le souffle du Cap-Vert

27 octobre 2008 par Un Monde Ailleurs  
Dans Afrique

Saudade, musique du Cap-VertEnvie de soleil, de chaleur, de douceur de vivre… Un documentaire sur les favelas de Rio, des accents de bossa nova qui succèdent à ceux d’un archipel sur mon lecteur mp3, et quelques images envahissent l’écran de mes souvenirs… Courte escapade vers le Brésil et le Cap-Vert, population métissée aux hanches rondes et à l’accent chuintant, reflets d’une colonisation portugaise coulant dans les veines d’ébène d’ancêtres contraints : deux nations qui s’observent de chaque côté de l’Atlantique sur un fond de cuisine et de musique commune.

Plage de Sal, l\'une des îles du Cap-Vert.

Je n’ai jamais mis les pieds au Portugal mais mes voyages m’ont entrainée par deux fois aux confins de cette langue chaleureuse particulièrement propice à la nostalgie ou au rythme endiablé qui participe au succès des carnavals. Et sans parler le moindre mot de la langue de Vasco de Gama comment ne pas se laisser entrainer dans les méandres alanguies ou exaltées d’un fado ou d’une samba ?…

Avez-vous eu l’occasion d’observer des danseurs de capoeira ? Ignorant tout de cette chorégraphie élaborée je me suis un jour arrêtée, fascinée, pour suivre sur les hauteurs de San Salvador au Brésil les mouvements tranchés au sabre de ces jeunes gens appliqués à reproduire une version moderne d’une danse créée par des anciens entravés n’ayant que ce moyen d’expression pour traduire leur désarroi. On confondrait aujourd’hui danse et art martial…

Chanteuse de saudade au Cap-VertMais ma plus belle émotion, sans doute l’ai-je vécue sur l’île de Sal, au Cap-Vert. Par une nuit sous une brise atténuant la pierre chauffée à blanc par des heures de soleil ardent, trois hommes et une femme m’ont envoutée en me faisant découvrir les mystères d’une langue inconnue et pourtant proche. A peine si je captais quelque vague ressemblance avec le vocabulaire espagnol qui m’est plus familier, à peine si je distinguais les sonorités des instruments mettant en valeur la voix douce et rauque à la fois d’une chanteuse liane au chignon serré sur la nuque, silhouette timide agrippée au micro qui l’obligeait à faire face à un public européen venu chercher là l’oubli d’une frénésie dépensée ailleurs…

Oubliez le glamour des chanteuses au décolleté avantageux ou à la cuisse alerte et huilée. Ici, point de poudre aux yeux mais la magie d’un rythme et d’une tessiture qui lance dans le velours de la nuit étoilée les accents d’une saudade qui a fait le tour du monde grâce à Cesaria Evora. J’ignorais encore qui était la seule célébrité du Cap-Vert mais je savais avoir déjà entendu cet air-là, cousin du fado, quand la nostalgie flirte avec l’espoir. La saudade vous entraine au-delà de la tristesse, elle puise le sourire au fond du spleen cher à Baudelaire, et les plaintes des instruments font frémir les plus résistants d’entre nous.

L’entendre une fois, et ne plus jamais l’oublier… Ces notes entêtantes vous entraînent au-delà de l’expression, à tel point que saudade oublie son orthographe et se lit parfois sodade. En duo ou solitaire, elle vous prend au cœur à moins que les corps ne se prennent dans une étreinte aux confins de la mélodie de l’âme et du sentiment. Il vaut mieux être deux lorsqu’elle vous happe, pour vous noyer dans un autre regard, et ne pas vous perdre en chemin. Saudade langoureuse, ou saudade dangereuse…

Saudade voluptueuse…

Quelle serait votre perception du danger ?…

Vous qui rêvez déjà de votre prochain voyage, en fermant les yeux et en écoutant (au casque bien sûr…) le  titre que je vous propose ci-dessous grâce au lecteur Deezer, peut-être serez-vous soudain transporté(e) sur une plage de Sal ou de Sao Vincente dans l’archipel cap-verdien au large du Sénégal…

Venez…

Cesaria Evora, Saudade :

Mots-clés :,

Articles relatifs

Commentaires

2 Réponses à “Saudade, le souffle du Cap-Vert”

  1. sylvie le 29 octobre 2008 9:42

    Marie-Ange j’ai découvert Cesària Evora il y a environ 15 ans et j’ai tout de suite était touché par cette chanteuse et cette musique qui m’envoute et me transporte à chaque fois. Le Cap Vert fait partie de ces destinations que j’aimerais bien découvrir sans savoir vraiment ce que je vais y trouver. C’est plutôt la langueur qui se dégage de la musique qui me donne envie d’y aller. Pour la Capoeira que j’ai découvert il y a une dizaine d’année je prends toujours beaucoup de plaisir à regarder ces hommes et ces femmes qui manifeste par leur expression corporelle, mélange de danse et d’athlète, une énergie intense.

  2. Un Monde Ailleurs le 29 octobre 2008 10:41

    Bonjour Sylvie,

    S’il est difficile de choisir un album particulier pour Cesaria Evora, je recommande l’utilisation de la radio en ligne Deezer qui propose plus de 300 titres de cette artiste, à l’écoute, et gratuitement. Inutile d’encombrer ses disques durs et de prendre le risque du piratage pour se faire plaisir en s’offrant en plus un large choix. ;-)

    Pour le Cap-Vert je dois dire que ce fut l’un de mes coups de coeur de ces dernières années, et encore je n’ai vu qu’une seule île, celle de Sal. On m’a dit beaucoup de bien des autres îles qui sont moins fréquentées par les touristes, mais plus vertes paraît-il.

    Sur Sal tu ne verras que des paysages arides, presque lunaires, entre désert et anciens volcans. Un vrai dépaysement à seulement quelques heures d’avion de la France. Et pas de décalage horaire (ou juste une heure ?). Je t’invite à lire mes récits sur le Cap-Vert en cliquant sur les mots-clés.

    Et puis on peut y plonger… Rien d’extraordinaire par rapport à d’autres destinations mais c’est l’Atlantique, donc différent des destinations tropicales, et il faut dans ce cas absolument faire le tunnel de lave de Burracona, célèbre pour son puits de lumière tout au bout. Ca vaut le détour…

    Et puis les Capverdiens sont d’une grande gentillesse, comme souvent dans les pays très démunis.

    Ca peut être une transition avant La Réunion…
    ;-)

Laissez un commentaire...
et, attribuez une image à votre commentaire en cliquant sur gravatar!