Parce qu’il y a un monde en dehors de la plongée et que parfois, vacances scolaires obligent, il faut bien explorer à notre porte, nous voici embarqués hier dans une folle virée sur les hauteurs de Marseille, dans nos calanques, coincés entre calcaire et mistral. Petit détour en Provence…

Quand on vit avec un malade qui a passé la moitié de sa vie à fouiner dans les galeries noyées les plus impraticables du monde, il faut bien s’attendre à ne pas faire des promenades comme tout le monde. Chez nous, foin de sentiers balisés. Vive l’improvisation ! Et ce qui devait être une petite excursion mâtinée de flânerie paresseuse se transforma vite en trek marathon sur la crête des calanques avoisinantes, sous le fouet d’un mistral vivifiant qui en moins d’une heure fit chuter la température ambiante de 20 à 12°…
L’Homme a d’abord tenté de nous endormir en nous entraînant sur un petit chemin jonché de pommes de pins, ourlé de bruyère tout juste en fleurs. Babillage de petite fille, fanfaronnade de l’aîné, le père irradie de fierté légitime et je suis, nez au vent, admirant la baie de Marseille qui se découpe au loin sous un ciel qui se teinte lentement de plomb.
Soudain le père débusque une grotte (il ne peut pas s’en empêcher, ce doit être inscrit dans ses gênes) et entame une leçon de géologie à destination de la génération montante : cristaux de calcite, traces de stalactites, recherche de fossiles,… Les enfants écoutent, renchérissent, s’épanouissent. De mon côté, je dois bien avouer que mon intérêt pour la géologie s’arrête aux pierres précieuses (sans être collectionneuse), et passée la première minute, j’avise une petite grimpette qui m’interpelle sournoisement. Je préviens l’Homme et m’esquive pour quelques minutes, le laissant poursuivre avec ses explorateurs en herbe, et je file vers ce point de vue que je connais déjà pour y être venue l’été dernier.
Vingt minutes d’assaut ardent sur un chemin pierreux, le temps de constater que les quinze jours de plongée de début février n’ont pas été inutiles à l’entretien de ma forme, et je débouche sur un splendide panorama qui mériterait que cette page puisse être étirée bien au-delà de votre écran ! Le temps de siroter une goutte d’eau minérale histoire de laisser aux cieux la générosité (qu’ils n’ont pas eu) de me gratifier d’un rayon de soleil pour illuminer le tout, puis je redescends vers la petite famille dont les poches s’emplissent de cailloux et minéraux en tous genres ( »pour le souvenir… »).
Et les choses se gâtent…
Jusque là, l’Homme s’était montré raisonnable. Mais sous une flambée d’enthousiasme paternel que plus rien ne retient, il nous entraîne hors de tout sentier battu sur le flanc d’une calanque qui n’a d’amical que le nom qu’elle porte. Oui, vous lecteur des villes, quand je parle Provence vous traduisez cigales roucoulant dans une chaleur parfumée au thym, au rythme de Pagnol ! Mais pour nous, ce sont buissons épineux qui s’agrippent aux cheveux, feuilles de houx qui s’infiltrent à l’intérieur des baskets et fillette qu’il faut traîner derrière soi, pousser aux fesses lorsque les pierres sont trop hautes, et retenir de justesse avant la dégringolade lorsque le sable glisse sous le pied…
Quand après dix minutes de repérage, nous laissant plaqués sur une paroi comme des araignées le long d’un mur, il nous en fallut dix de plus pour rebrousser chemin tous les trois sur un tapis traître d’aiguilles de pin et une pente inclinée de 45°, quand l’Homme annonça alors : « on va prendre un autre chemin, ce sera moins difficile pour les filles« , je réprimai mal une grimace éloquente. Et quand sa cadette approuva aussitôt « oui il faut prendre un autre chemin parce que je suis une fille !« , je ne pus m’empêcher de donner une petite leçon de vie à cette jeune pousse frémissante : « ma chérie, être une fille est une qualité, pas un handicap ! Mais tu peux rappeler à ton père qu’on doit effectivement tenir compte de ton âge…« .
Non mais !…
L’alarme ayant vibré subtilement jusqu’aux neurones aguerris, l’Homme avisa soudain qu’il était temps de procéder à une halte goûter pour assouplir les esprits. Ce qui fut fait. Laissant les estomacs se remplir de fruits, je me concentrai alors sur mon environnement : un rayon de soleil inonde la calanque à l’abri du vent, il fait délicieusement bon et un léger parfum chatouille mes sens. En me retournant je réalise alors que je suis presque adossée à un odorant buisson de romarin en fleurs, l’occasion d’un nouvel apprentissage pour la jeune génération, dûment entériné par la fillette, soigneusement négligé par l’aîné. Que voulez-vous, les fleurs resteront (semble-t-il) l’apanage du beau sexe (et paf !)…

(une fleur de romarin, en cuisine on utilise davantage ses feuilles séchées)
Bref, quand les feuilles de romarin furent dûment froissées entre des doigts appliqués, et qu’on fit la différence – subtile – avec le thym sauvage de la garrigue quelques mètres plus loin, nous reprîmes le (fameux) chemin de retour. Grimpettes ( »c’est juste au-delà de la crête !« ), dérapages ( »mais, fais attention ma fille !« ), branchages qui vous reviennent en pleine figure ( »attention les yeux !« ),… On serait presque heureux en apercevant notre sweet home dont la vue fait le bonheur des enfants : « oh, on voit la maison !…« .
Oui. Là-bas. En bas. Ce qu’ils ne savent pas c’est qu’il nous faudra encore au moins une heure pour l’atteindre…

(jonquille : ne cueillez pas ses feuilles qui permettent à son bulbe en terre de se régénérer pour l’année suivante…)
Alors on les distrait avec d’autres fleurs : jonquilles sauvages à peine écloses en délicates corolles frémissant sous le mistral qui colore les joues et coupe le souffle, euphorbes aux feuilles coriaces et à la sève toxique, tout est bon pour retenir l’attention et faire oublier les pierres qui roulent et la déclivité du terrain. Sans compter les racines fourbes des pins séculaires à demi enfouies dans un sable complice…

(l’euphorbe a une sève toxique, évitez de la cueillir)
La petite promenade ensoleillée s’est transformée, comme d’habitude, en randonnée escalade à flanc de calanque. Bien sûr, le paysage vaut le détour ! Et j’ai beau dire qu’il ne m’y reprendra plus, il reste encore quatre jours de « vacances » !… Que nous inventera-t-il demain ?…



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Marseille, la plus belle ville du monde!!! enfin…pour moi!
Un jour, un autre m’a déclaré « Nîmes, capitale du monde » ! C’était bien sûr un Nîmois. Je crois que chacun s’approprie une ville en fonction de son affect. Je ne m’attache à aucune ville en particulier, ni aucun site ; sans doute la peur inconsciente de me fixer définitivement dans une région ? Je ne sais pas.
Marseille a des côtés attachants, pour son aspect bon-enfant souvent. Mais pour moi Marseille a surtout l’énorme avantage de vivre sous le soleil quasi permanent et en bord de mer, deux ingrédients essentiels à mon équilibre personnel.
Après avoir traîné un peu partout je dirais qu’il n’y a pas de « plus belle ville du monde », tout juste des quartiers plus préservés que d’autres. Paris peut être splendide, c’est lié à son histoire et donc à son architecture particulièrement mise en valeur. Mais la baie de Rio est splendide ; je suis totalement amoureuse de la vie trépidante de New York ; j’ai aimé le quartier historique de Boston ; etc… Disons qu’il faudrait pouvoir rassembler différents quartiers pour en faire « la plus belle ville du monde ». Non ?…