Plongée Marseille, site Les Fromages

27 juillet 2008 par Un Monde Ailleurs  
Dans Plongée sous-marine

plongée Marseille site les FromagesQuand le mistral s’apaise et que la Méditerranée vous tend les bras, il faut savoir céder et monter à bord d’un bateau pour vous offrir une petite plongée, de celles qui semblent inoffensives mais qui ont tant de charme. Ce jour-là l’Homme était armé d’un objectif 50 mm macro, ce qui me garantissait une session plus intéressante : poser pendant de longues minutes devant un objectif sous l’eau n’est pas le plus gratifiant pour un plongeur, surtout lorsque vous essayez de ne rien abimer et que vous préférez l’observation, voire l’exploration. Le 50 mm lui impose d’être à quelques centimètres du sujet, et dans 90 % des cas même mon masque est trop large pour être capté dans son champs de vision…

nudibranche flabelline Marseille

C’est d’abord un véritable rodéo qui me fera hausser un sourcil dubitatif dès que nous sortons de l’abri du petit port des Goudes : la houle vibrant sous l’effet du mistral fait swinguer le bateau et Julien, aux commandes, fait corps avec les éléments avec une délectation évidente. Le bateau se cabre sauvagement, s’incline, se redresse, s’élance de nouveau, tout cela dans un fracas de bouteilles s’entrechoquant et de gerbes d’eau mousseuse s’abattant sur le bateau heureusement vitré (et nous restons au sec). Aucun danger, mais presque spectaculaire…

Dès l’immersion dans cette petite baie au pied de l’île Maïre (à l’abri du vent), Bertrand du Centre de Loisirs des Goudes nous prévient : “longez la falaise et vous arriverez sur des blocs de roches énormes, presque carrés, et pleins de trous, c’est ce qui a donné son nom au site de plongée, Les Fromages“… Les Marseillais ont de l’humour…

Le mistral ayant soufflé tout l’été (euh pardon… seulement trois jours de suite), le choc thermique au moment de la mise à l’eau est… bon, je crois avoir rugit. Après tout, je suis une Lionne, une vraie, donc en cas de détresse je m’autorise quelques débordements (ça ne dure que quelques secondes). Disons que je n’en suis pas forcément consciente non plus, mais je crois avoir fait rire l’une des plongeuses à bord qui surveillait notre mise à l’eau. J’aurais préféré faire cela en toute intimité avec moi-même, mais un Le Guen qui plonge, ça attire forcément l’attention. Pas de chance…

Donc choc thermique, et je file rapidement sous la surface pour y suivre le 50 mm et son propriétaire qui affûte déjà ses réglages. L’eau s’infiltre sous la cagoule (ça va…), sous le menton (brrr…), un peu dans le dos (grrr…). L’ordinateur de plongée indiquera tout à l’heure 14,5° à quinze mètres sous la surface. Vous me permettrez donc de le signaler !

La visibilité n’est pas excellente, et après quelques jours de mistral, c’est normal. Nous longeons la fameuse paroi et dépassons des blocs accumulés en vrac sur le fond comme autant d’apéricubes géants (pour coller à la dénomination du site). Ils dégringolent en pente douce jusqu’à - 40 mètres mais nous n’avons pas l’intention aujourd’hui de descendre aussi bas. En réalité nous avons un but bien précis : trouver un chapon (ou rascasse) qui permettrait à l’Homme de faire un serré sur ses moustaches et surtout sur son œil. Le chapon étant un poisson très statique, ce devrait être réalisable ; encore faut-il dénicher la bête…

spirographe MarseilleChemin faisant pour atteindre la pointe de l’île où Bertrand nous a annoncé un tombant, nous scrutons alors chaque recoin entre les gros blocs recouverts de sédiments et surveillons les anfractuosités, le sable, les petites caches, tout ce qui constitue le refuge d’un poisson plutôt paresseux de nature. Mais chou blanc !

Par contre, pendant que l’Homme s’affaire autour d’un spirographe laiteux (ci-contre), je découvre, ô joie, un joli nudibranche traçant son chemin sur de petites éponges jaunes que je le soupçonne de dévorer au passage. Je l’observe un moment puis je le désigne à l’Homme pour qu’il puisse faire quelques photos. Mais l’Homme s’approche, plaque son masque ostensiblement son masque sur la petite (toute petite) bête et se retourne vers moi, le regard incrédule. Je me demande s’il ne m’a pas prise pour une demie-folle… Ce nudibranche doit mesurer un centimètre et demi de long sur 2 ou 3 mm de large, à peine. Un haussement d’épaules et l’Homme poursuit son chemin. Dépitée, je lui emboîte le palmage et abandonne mon joli trophée (mais si vous voulez voir à quoi ressemblait ce nudibranche en voici une photo prise par mon amie Hélène Caillaud, qui a une passion pour tout ce qui est (tout) petit sous l’eau…).

Quelques dix minutes plus tard, nous découvrons enfin notre terrain de jeu du jour : sous un éboulis de roches se trouve une jolie grotte qui nous ferait presque saliver comme de gros chats devant un bataillon de souris. Suffisamment large pour nous permettre d’entrer tous les deux et à genoux pour faciliter les contorsions nécessaires à un éclairage correct pour les photos, la grotte nous offre une voûte tapissée de coraux rouges éclatants. Et quand je parle de corail rouge, il s’agit du célèbre corail rouge de Méditerranée, celui qui fait la fortune de certains, et le veuvage de bien d’autres.

Je suis estomaquée par la beauté inattendue de cette vision !

Corail rouge de MéditerranéeC’est un enchevêtrement de délicates branches écarlates, que je qualifierais de velues tant les fleurs de corail qui les habillent me font penser à un doux pelage que je me garderai bien d’effleurer. Quand on la chance d’admirer pareil tableau, on respecte, comme devant un dessert fabuleux qu’on prendrait le temps d’admirer avant de consommer…

Sur le sol de la grotte c’est un tapis d’étoiles de mer rouges qui empêche notre progression tant nous veillons à ne rien détériorer. D’ailleurs, là, à deux mètres, voici une aérienne flabelline d’à peine trois centimètres de long, autre nudibranche célèbre de Méditerranée, aisément reconnaissable grâce à ses couleurs éclatantes et à sa houppelande qu’elle agite au gré du très léger courant qui alimente tout ce beau monde (photo en tête d’article)…

Quand l’Homme me fait signe qu’il n’a plus besoin d’éclairage d’appoint j’en profite pour explorer les parois de la grotte et je découvre deux autres nudibranches encore plus petits, d’à peine un centimètre de long. Je décide prudemment de ne pas déranger le photographe pour ne pas me ridiculiser davantage… D’ailleurs, au milieu d’un rassemblement de tuniciers à la robe de velours pourpre, un petit bouquet de clavelines translucides attirent mon attention et je cherche à comprendre comment ces organismes ressemblant à des tubes à essais de laboratoire peuvent s’alimenter.

Plus loin ce sont deux doris dalmatiens bien replets qui feront le bonheur de la séance macro dans quelques instants (un adulte et son juvénile). Ceux-là, on les rencontre aisément sur tous les sites : plus gros, plus identifiables grâce aux motifs léopard de leur robe, on ne peut pas les râter !

doris dalmatien Marseille

Et en fin de plongée, c’est un tryptérygion mâle qui nous retiendra quelques minutes : peu farouche, il oscille de sa tête violet sombre, son corps flammé d’orange plaqué sur sa roche d’adoption. Autour de lui c’est un véritable nid d’oursins violets, noirs ou verts céladon qui agite leurs piquants en espérant la proie…

C’est l’Homme qui va indiquer la fin de la plongée : il a juste oublié de déjeuner et se trouve frigorifié au bout de 55 minutes d’immersion. Je ne peux pas dire que je suis bien au chaud dans ma combinaison mais il me reste encore plus de 100 bars et j’aurais bien prolongé mon exploration de quelques minutes. Quoiqu’il en soit, nous faisons un léger palier accompagné d’un petit banc de sars à tête noire avant de réintégrer le bateau.

poisson apogon Marseille

Ce n’est pas une plongée inoubliable, mais une très jolie plongée d’après-midi paresseuse. Une plongée sans effort, agréable aux curieux qui aiment fouiner, fouiller, et observer. A faire lorsque vous aurez épuisé d’autres sites plus prestigieux ou que vous voudrez entrer dans une grotte confidentielle…

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Commentaires

15 Réponses à “Plongée Marseille, site Les Fromages”

  1. Henry le 28 juillet 2008 9:04

    Veinarde!

  2. Denis le 28 juillet 2008 9:28

    Décidément, entre toi et Francis on est gâté en ce moment avec vos récits sur Marseille. Ca me rappelle de bons souvenirs.
    Merci à tout les deux.
    Les fromages n’est pourtant pas réputé être une superbe plongée mais souvent pratique car elle est abrité.

  3. Un Monde Ailleurs le 28 juillet 2008 11:23

    Henry > la chance se mérite aussi…

    Denis > Francis retrouve goût au blog ces derniers jours, profites-en !… ;-)

    Nous avons chacun notre style, chacun notre façon de percevoir nos plongées, d’ailleurs nos impressions ne sont pas toujours les mêmes en fin de plongée. Et j’ai ignoré pendant quelques jours qu’il parlait aussi de nos plongées récentes sur son blog. Quand il me l’a dit j’ai décidé de ne plus raconter ici, pour ne pas faire de “doublon”. Mais finalement c’est me priver du plaisir de vous dire, et de toutes façons nous ne racontons pas tout à fait la même chose : c’est bien le même nudibranche mais pas la même perception…

    Alors tant pis, je raconte tout de même. D’ailleurs cette semaine je raconterai la plongée que j’ai faite vendredi après-midi aux Moyades, sans doute la plus belle que j’aie pu faire sur Marseille jusqu’à présent (et dans une eau un peu moins froide !).
    ;-)

  4. Flo le 28 juillet 2008 13:47

    Bonjour !

    Merci pour ces récits, ils me permettent de découvrir avant l’heure les sites de ma nouvelle région ;) .Je vais aller lire ceux de l’”Homme” avant de retourner déballer mes cartons ;)

  5. Un Monde Ailleurs le 28 juillet 2008 17:23

    Bonjour Flo,

    J’espère que cet emménagement se déroule dans les meilleures conditions ? Et ces jours-ci le mistral est retombé, peut-être as-tu eu l’occasion de plonger le week-end dernier…

    Bon courage pour les cartons… plus vite ce sera terminé, plus vite tu pourras profiter de tout le reste !

    ;-)

  6. Flo le 28 juillet 2008 18:32

    Oui oui, cela se passe très bien ! J’ai même laissé mes cartons un peu cet après midi pour faire un petit tour avec ma petite 125 qui était aussi du voyage, c’était bien agréable ! Je t’adresserai un petit mot lorsque je serai bien installée et partie (et donc revenue) de congé !
    Mais en attendant, je lis avec attention tous vos récits sur vos plongées locales !! Merci !

  7. Divemanche le 28 juillet 2008 20:28

    Comme c’est marrant, j’ai plongé dimanche à plus de 1000 kms de Marseille, dans les eaux chaudes (18°C à 20m, et oui !!!) et j’ai fait les mêmes rencontres que vous sous les eaux vertes de l’archipel de Chausey. Comme Francis, j’avais décidé de jouer du 60mm et j’ai photographier: Clavelines avec un ver tout proche, des spirographes, des lieus jaunes en chasse et un magnifique rouget grondin bien rouge…Je les mettrais bientôt en ligne sur : http://divemanche.vox.com

  8. Un Monde Ailleurs le 29 juillet 2008 12:47

    Flo > aucune urgence, quand tu veux.

    Divemanche > glurps, tu as une étrange notion des eaux chaudes !… :D
    Mais ta description est alléchante, j’attends donc de voir ces photos de Chausey… Préviens-nous lorsque ce sera en ligne.

  9. divemanche le 29 juillet 2008 19:30

    Eh + 3°C qu’à Marseille ça compte pour nous dans le nord-Ouest !!! hihihi
    ça y est c’est en ligne ! sur http://divemanche.vox.com

  10. divemanche le 29 juillet 2008 19:50

    Désolé erreur dans mon premier mesage sur l’adresse email. Je ne le vois pas apparaître ci-dessus, donc je me répète:
    + 3°C par rapport à Marseille, ça compte pour nous dans le nord Ouest ! Ca y est, c’est en ligne sur : http://divemanche.vox.com

  11. Un Monde Ailleurs le 29 juillet 2008 21:51

    En regardant tes photos effectivement je constate qu’en Méditerranée nous avons la même faune et flore que dans les eaux plus froides, là-haut, chez toi ! Sauf qu’ici l’eau grimpe doucement en température et nous devrions de toutes façons atteindre les 20° sous peu.

    Si ! On me l’a promis…

    PS : jolies photos ! et ce n’est pas vilain cette ambiance vert émeraude…
    :-)

  12. divemanche le 29 juillet 2008 23:47

    Merci pour tes compliments pour les photos, mais je ne maîtrise pas encore comme l’homme !
    Oui c’est sympa et je t’invite à venir (avec ta combinaison 7mm) voir ce vert émeraude du côté de Saint-Cast, Chausey, St Malo, Cherbourg…les plongées y sont aussi riches que dans les mers plus chaudes (juste la visibilité y est limitée parfois)… Bonne nuit !

  13. Un Monde Ailleurs le 30 juillet 2008 8:26

    J’avoue que même si je n’apprécie pas l’eau froide pour l’inconfort que cela apporte (le froid mais aussi combi épaisse, cagoule, camisole de force…) ma curiosité est souvent la plus forte : j’aurais adoré plonger au Groenland, même pour quelques minutes, et j’ai failli plonger sur la côte Ouest de l’Irlande en mai. Je pense qu’en Irlande j’aurais pu avoir un peu la même atmosphère que toi en Normandie / Bretagne.

  14. divemanche le 30 juillet 2008 19:06

    J’ai depuis bien longtemps délaissé la combi 7mm pour son inconfort et son effet “camisole” pour une combi étanche en néoprène compressé, et là, que du bonheur et plongée toute l’année (même à 6 ou 8°C). Le froid est désagréable au possible, et je te conseille vraiment ce type de vêtement.
    Je pense que l’atmosphère des côtes Irlandaises ou Ecossaises ( je rêve d’aller à Scapa Flow) ressemblent pour beaucoup à nos fonds Bretons/Normands. Dommage que tu n’ais pas mis une tête sous l’eau en mer d’ Irlande et dans le grand Nord.

  15. Un Monde Ailleurs le 31 juillet 2008 0:49

    Le temps ne s’y prêtait vraiment pas ! J’avais déjà du mal à trouver des éclaircies pour mes photos terrestres !… Et la mer était d’un gris peu engageant. Une autre fois peut-être…

    Quand au vêtement étanche, j’y songe…
    ;-)

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