C’est un mĂ©tier peu connu du grand public… Pourtant vous aimez ça : regarder par le trou de la serrure pour voir les coulisses, mettre un visage sur les noms, regarder l’Ă©quipe au travail, savoir comment se construit un film… Et mis Ă part les making-off offerts en bonus sur certains DVD, ce sont les photographes de plateau qui vous le permettent, dans les magazines : parce qu’ils sont lĂ pour immortaliser tout le travail de l’Ă©quipe, Ă chaque minute, dans toutes les conditions, et parfois mĂŞme malgrĂ© l’Ă©quipe…

Avec les femmes d'une tribu San dans le désert de Namibie.
Laissez-moi vous raconter cette galère…
Pour moi, c’est encore rĂ©cent : un peu plus de trois ans que je manie l’appareil photo pendant les journĂ©es de tournage de mon cher et tendre pour me rendre utile, et parce que j’ai toujours aimĂ© la photographie. Et passer de l’argentique au numĂ©rique fut un bonheur d’amateur qui m’a rendue confirmĂ©e. Au dĂ©but, les Ă©quipes me souriaient gentiment, « la femme de… » prenait des photos et les envoyait Ă chacun après les tournages. Ca fait toujours plaisir de recevoir des photos de vous sur votre lieu de travail, pour montrer Ă la famille : « tu as vu Junior, c’est papa qui tient la camĂ©ra lĂ !« … Ils sont très peu photographiĂ©s d’habitude, donc ils sont heureux. Et ça me fait plaisir.
Mais petit à petit on s’est servi de mes photos pour illustrer les articles destinés à la presse, ou pour créer les couvertures des CD ou DVD, pour agrémenter les dossiers de presse. On a toujours besoin de photos de l’animateur en situation. Et les producteurs m’ont regardée d’un autre œil. Des photos de tournage, c’est toujours un plus ! Très vite, mes photos ont servi à illustrer les sites web que nous nous échinons à tenir, pour le plaisir des afficionados, des sponsors, des partenaires, des collègues, des amis et de la famille.
Et franchement, ça fait aussi partie du plaisir de se dire sur place « je vais photographier cette araignĂ©e parce que je suis certaine que mes lecteurs ne l’ont jamais vue ! »… Vous n’êtes pas d’accord ?…
Bon, je ne photographie pas souvent les araignées, j’ai horreur de ces petites bestioles. Et au passage, un clin d’oeil à mon amie Hélène qui vient de partir seule en Indonésie pour nous rapporter de superbes photos sous-marines alors qu’elle s’évanouit à la vue d’un bébé mygale (qui lui en voudrait ?!).
Bref, je me suis prise au jeu de la photo de plateau, comme on l’appelle chez les pros, et conseils de l’Homme aidant, j’ai fait quelques progrès et je ne me dĂ©brouille pas si mal (un peu d’autosatisfaction ne nuira Ă personne !).
Parce que figurez-vous que trouver sa place entre un rĂ©alisateur qui prĂ©fère filmer en tout petit comitĂ©, et un producteur qui veille aux dĂ©penses superflues (et le photographe est toujours considĂ©rĂ© comme superflu, aussi curieux que cela paraisse !), ce n’est pas simple. Bien sĂ»r, il faut d’abord avoir un minimum de psychologie : de l’art de faire oublier le fait que je suis une femme (au sein d’une Ă©quipe de mâles habituĂ©s Ă des ambiances mâlissimes) et de plus, une femme « voyeuse », donc dĂ©rangeante par nature…
Se cacher derrière l’épaule du rĂ©alisateur (ou du cadreur) pour ne pas devenir l’attraction soi-mĂŞme des hommes de la tribu qui sont filmĂ©s… savoir s’imposer tout en dĂ©licatesse dans la pirogue alors qu’elle serait susceptible de ne pas supporter le surcroĂ®t de poids (quel poids ?!)… cacher l’excĂ©dent de bagages en portant l’appareil et les objectifs dans le sac Ă dos (je ne me suis fait remarquer qu’une fois : lorsqu’une compagnie aĂ©rienne nous a tous fait monter sur un pèse-personnes avec nos bagages Ă main !)… se glisser dans le 4×4 qui file vers une population en dĂ©clin alors que vos conditions de vie seront prĂ©caires… savoir photographier chaque membre de l’équipe en situation (c’est-Ă -dire en plein travail) sans le distraire ni l’indisposer (beaucoup sont timides figurez-vous !)… et savoir ne pas divulguer au retour les photos qui les montrent doigts dans le nez (curieux comme ces messieurs sont intĂ©ressĂ©s par leurs narines !) ou en situation ridicule. Au contraire : valoriser, valoriser, valoriser.
Et ce n’est pas si difficile. Parce que, comme je l’ai dĂ©jĂ dit prĂ©cĂ©demment, j’ai une rĂ©elle admiration pour la majoritĂ© de ceux avec lesquels j’ai travaillĂ© depuis trois ans : des hommes de bonne volontĂ©, des grands pros et de charmants compagnons de voyage.
Mais ĂŞtre photographe de plateau, c’est aller lĂ oĂą se rend l’équipe de tournage : dĂ©sert et son sable qui s’incruste partout (et surtout dans le matĂ©riel photo), marais et la boue qui s’épanouit dans vos baskets, glacier et les chaussures Ă crampons qu’il faut apprendre Ă gĂ©rer en moins de dix minutes sinon c’est l’appareil plantĂ© dans la neige, forĂŞt tropicale avec son hygromĂ©trie galopante qui met l’Olympus en panne en moins de 3 minutes, mangrove et ses bestioles dissimulĂ©es dont les moustiques sur l’objectif (Ă ne pas Ă©craser, ça laisse des traces), ruisseaux gelĂ©s Ă traverser sans broncher parce que ça tourne !… (comprenez = on filme), grottes immenses impossibles Ă photographier (bonjour le manque d’éclairage…), musĂ©es aux pièces Ă©troites qui ne permettent aucun recul, villages africains et leur vent de poussière (nettoyez vos filtres…), minuscule avion privĂ© survolant les cĂ´tes des Bahamas avec porte ouverte pour permettre la prise de vue (elle est bien accrochĂ©e la ceinture de sĂ©curitĂ© ?…), grimpettes ardues dans un mètre de neige sur les flancs des PyrĂ©nĂ©es (satanĂ© matĂ©riel trop lourd dans le sac…),…
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En descente en rappel dans le puits de 20m d'un glacier en Islande.
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Ce sont parfois aussi des heures d’attente sous un soleil implacable. Et pendant que chacun s’applique à faire en sorte que cette prise sera la bonne, vous avez réglé votre appareil, lustré votre lentille, et vous êtes prête, et presque honteuse de l’être, dans votre coin, pendant que tout le monde s’agite autour de vous. Mais pas votre faute à vous si vous ne pouvez pas aider à la caméra, si la mixette son n’est pas encore entrée dans votre champ de compétences et si l’entretien de la caméra sous-marine ne vous appartient pas…
Et c’est aussi une fois de temps en temps une immonde grimace d’excuse ultra-confuse à l’attention de l’ingénieur du son adorable qui fait les gros yeux quand le déclencheur du Canon a poussé son cri de bête au moment de la phrase du siècle !
C’est un bond de gazelle (si, si) quand vous entendez derrière vous « tu es dans le champ ! » alors que vous aviez choisi (Ă©videmment !) le plus bel angle, le plus beau cadre, et que bien sĂ»r vous Ă©tiez la première sur place puisque, le temps de sortir la camĂ©ra et de faire ses rĂ©glages, vous en ĂŞtes, vous, Ă votre dixième cliché… Mais vous auriez bien aimĂ© avoir le visage de cette femme, lĂ , qui va relever la tĂŞte, c’est sĂ»r… Tant pis, son regard sera pour le cameraman…
C’est la frustration intense de ne pas pouvoir se servir du flash puisque l’interview est en cours et que la caméra tourne… Vous avez laissé le pied photo à l’hôtel, et donc impossible de photographier en pose longue (ce qui peut parfois éviter d’utiliser le flash). Le réalisateur vous a promis qu’en fin d’interview, on vous laissera faire toutes les photos que vous voudrez. Sauf que… dès que le coupez ! tombe, l’animateur change de position et se tourne vers les techniciens, le cameraman part chercher une batterie de rechange, l’ingénieur du son échange avec le réalisateur, et vous ne photographiez plus qu’un joyeux bazar… Photos inutilisables.
C’est la trouille de votre vie quand un Ă©lĂ©phant sauvage vous charge subitement au Botswana (lire le rĂ©cit ici). C’est la chute douloureuse sur des roches hyper glissantes en Guyane (et dix jours avec les fesses d’une Schtroumpfette, mais l’appareil est sain et sauf). C’est la panne dĂ©finitive de votre appareil photo deux jours avant la fin du tournage, en Guadeloupe. C’est le manque de place sur votre carte numĂ©rique Ă l’instant mĂŞme oĂą le dauphin fait un bond hors de l’eau, aux Seychelles (et je rugis, telle une lionne). C’est l’abruti (dĂ©solĂ©e) qui se place devant vous au dernier instant pour faire avec son PolaroĂŻd la photo que vous attendez depuis vingt minutes. C’est l’oiseau que vous traquez depuis des heures qui prend son envol au moment oĂą vous changez la carte numĂ©rique. C’est le froid qui paralyse les commandes du menu qui vous permettrait justement d’effacer quelques photos pour vous libĂ©rer de l’espace, sur la Mer de Glace. C’est le malaise de la dĂ©shydratation qui vous surprend après avoir passĂ© 30 mn Ă photographier une splendide libellule en macro, sur le sable en Namibie. C’est la pudeur qui vous retient de photographier ces enfants qui vivent dans un dĂ©nuement infernal et dont le nez est couvert de mouches, au Malawi. C’est la frustration, parfois, de passer Ă cĂ´tĂ© de lieux mondialement connus parce que le plan de tournage n’envisage pas de sĂ©quence ici. C’est le matĂ©riel qu’on protège jusqu’au ridicule pendant tous les transferts en avion, bateau, voiture (« attention mon PC ! » mais qui peut comprendre que c’est du matĂ©riel privĂ© et que je n’ai pas envie de prendre le risque de devoir m’en passer jusqu’à la fin du tournage et de devoir ensuite le racheter ?…).
Ce sont aussi des nuits à dormir par terre sous un porche à Bornéo et des falaises à grimper à l’aide de lianes pour photographier des peintures rupestres inédites. C’est une journée passée allongée sur le pont d’un bateau, à bouquiner bêtement, parce que c’est la seule position que le mal de mer m’autorise ce jour-là , en Indonésie (je suis sûre que mes compagnons de tournage m’ont prise pour une grosse fainéante, mais tant pis !). C’est justement le mal de mer qui vous terrasse par dix mètres de fond, et apprendre à vomir dans son détendeur, sous l’eau, en Martinique ou aux Bahamas. C’est l’horreur du flash qui ne déclenche plus pour vos photos sous-marines, au Brésil. C’est l’anéantissement total quand vous voyez vos photos du jour toutes floues sur un nouveau logiciel de gestion d’images, en Indonésie (vous ne saviez pas qu’il fallait configurer ce logiciel qui a un petit problème avec certains formats d’images, finalement les photos n’étaient pas floues du tout, mais ça m’a plombé le moral pendant deux jours).
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En séance vidéo sous-marine aux Seychelles.
C’est le dépit quand vous posez par inadvertance votre objectif juste sur une petite coquille de guano, au Botswana (je vous recommande le nettoyage immédiat avec un coton-tige humide, surtout si le guano se trouve sur la bague de commande du zoom… le guano a tendance à sécher immédiatement, et à bloquer la bague). C’est l’énervement quand l’équipe décide de faire une seconde plongée plus tôt que prévu alors que vous venez tout juste d’ouvrir votre caisson sous-marin pour extraire la carte et changer la batterie. Eux ne savent pas qu’on doit pouvoir disposer de temps et de calme pour remettre le tout en état de fonctionnement sans prendre le risque de mal fermer le caisson, ou laisser un grain de sable ou un cheveu sur les joints, de remettre l’écran LCD dans la bonne position, etc…
Ce sont les soirĂ©es Ă rallonge quand, après le dĂ®ner, vous pouvez enfin rĂ©diger trois mots (cent lignes) sur l’ordinateur pour fixer vos souvenirs avant que d’autres ne les effacent dès le lendemain et envoyer les articles et les photos par Internet pendant que toute l’Ă©quipe dort dĂ©jĂ . Demain, vous vous lèverez en mĂŞme temps qu’eux.
Ce sont aussi des semaines de gestion d’images au retour, et devoir faire comprendre aux collègues moins comprĂ©hensifs que oui, chaque image faite en format RAW (pesant plus de 13 Mo le morceau, donc lourde Ă afficher) doit ĂŞtre travaillĂ©e et transfĂ©rĂ©e dans un format plus lĂ©ger qui leur permettra de voir leur diaporama dans quelques semaines (imaginez le travail avec 300 photos par jour sur des tournages de trois semaines ?…).
Mais la photo de plateau, c’est aussi vivre une belle aventure humaine avec vos compagnons de route. C’est une collaboration intelligente avec chaque membre de l’équipe. Ceux qui vont savoir s’accroupir tout en prenant le son, pour vous laisser prendre LA photo. Ceux qui vont Ă©viter de se placer devant vous pour vous permettre d’avoir l’animateur en pleine action. Les rĂ©alisateurs qui vont vous faire un clin d’œil et vous laisser faire tous vos clichĂ©s avant qu’ils ne se concentrent eux-mĂŞmes sur leur prise, ou qui vont vous indiquer l’endroit que vous ne pouvez pas dĂ©passer pour ne pas entrer dans le champ. Un assistant sous-marin qui vous prĂŞte son objectif 70-300 mm pour les photos de faune de l’après-midi. Un ingĂ©nieur du son qui vous dĂ©panne en piles pour votre dictaphone numĂ©rique. Un cameraman qui vous nettoie vos objectifs avec le soin d’une mère pour son nouveau-nĂ©. Et c’est l’assistance permanente d’un partenaire qui nous permet d’ĂŞtre au top en matière d’Ă©quipement et qui n’est pas avare de ses conseils et recommandations (en cas de besoin contactez Hubert ou Christel de notre part chez Dive Photo Light).
C’est l’émotion partagée en écoutant la chanson de femmes San au fin fond de la Namibie. C’est la stupéfaction générale devant la hyène sauvage qui vient humer la table du barbecue au Botswana. C’est l’aventure excitante d’un train de pirogues sur une rivière du nord de Bornéo. C’est le découragement devant la pluie qui n’en finit pas de tomber en plein cœur de la Guyane ou en Islande, sinistrant la dernière journée de tournage. C’est la cohésion de groupe pendant une journée sinistre passée à bord d’un bateau sous la pluie dans l’Okavango. Ce sont des paysages grandioses, des ciels époustouflants, des rencontres inédites et des expériences uniques.
Ce n’est pas toujours facile, mais j’ai beaucoup de chance.
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(PS : et pour rire un peu, lire le chapitre complémentaire ici)
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Rédactrice, auteur et photographe, Marie-Ange Ostré publie chaque semaine le récit et les photos de ses voyages en direct ou en léger différé. Paysages, rencontres, plongée sous-marine, cuisine, culture, bons plans,... Tous les voyages, à l'écoute des cinq sens !






Pas facile la photo sous-marine ! Filmer l’est encore moins ….j’en ai fait la douloureuse expĂ©rience en toute honnĂŞtetĂ© : Ă©viter la noyade, les flash qui flanches, les contacts qui ne rĂ©agissent plus parce que tu es un peu profond…arrrg !
Cela dit mon caisson et ma caméra sont toujours entiers , Lol
Il faudrait que je trouve le temps de recopier ici tous les commentaires qui avaient Ă©tĂ© publiĂ©s par mes lecteurs lorsque j’ai mis cet article en ligne ! En changeant de plate forme de blog en novembre 2007 j’ai perdu la majoritĂ© des commentaires en chemin puisqu’il fallait faire du copiĂ©-collĂ©, un Ă un…
Pratiquer la photo ou la vidĂ©o sous-marine est un sacerdoce : on craint pour son matĂ©riel avant de plonger, pendant la plongĂ©e, et après la plongĂ©e. Et très honnĂŞtement, mĂŞme si cela reste un plaisir lorsqu’on dĂ©couvre ensuite les prises de vue rĂ©ussies, on ne profite pas de sa plongĂ©e de la mĂŞme façon et finalement on voit moins de choses tout en les voyant diffĂ©remment…