Non !!! Ce n’est pas une faute de frappe !… J’ai réellement croisé des salpes en mars dernier, par douze mètres de fond, dans l’archipel de Fernando de Noronha au large de Recife au Brésil. Et croyez-moi, ce fut un moment magique…

Voilà pour la définition. Vous en savez maintenant autant que moi !

Passons maintenant à ce que j’ai vécu sur site : nous venions de terminer notre dernière plongée au Brésil, la veille de notre vol de retour. Un courant fort sur les vingt premiers mètres depuis la surface nous avait obligés à sonder rapidement pour nous mettre à l’abri d’énormes roches fixées. Pour contrer ce courant et progresser malgré tout, il nous fallait nous tracter à l’aide de nos mains en agrippant les rochers. Avec le matériel de tournage en bandoulière… Au fond, pas de courant. Nous avons tourné plusieurs séquences avec l’Homme en vedette bien sûr, des bancs de poissons argentés peu esthétiques mais regroupés sous une cavité assez basse, des bancs de lutjans (ces poissons argent rayé de jaune façon pyjama de bagnard), des espèces somme toute classiques dans des eaux tropicales. Rien d’exceptionnel. Puis, petit à petit, nous avons découvert deux ENORMES langoustes qui ont accepté de jouer avec la caméra de René pendant quelques minutes, un couple de poissons anges français aux nageoires ourlées de citron, et enfin un requin nourrice reposant sur un fond de sable… Plutôt sympathique comme plongée, avec l’impression d’être les premiers à plonger là…Mais alors que nous remontions au palier, sans plus aucun courant (le courant est très capricieux… il peut se modifier ou disparaître puis ré apparaître très vite), René était situé au-dessus de moi et l’Homme légèrement devant. René avait éteint sa caméra, et l’Homme faisait défiler les clichés numériques qu’il venait de prendre avec l’appareil photo en caisson et je repliais mes éclairages. Puis, presque simultanément, nous apercevons tous les deux un long ruban translucide, plat, large d’environ 8 cm et long de plus d’un mètre, prolongé par une queue ou un dard d’environ 2 mètres. De cristal, à peine visible selon l’orientation du soleil filtré par la surface et la profondeur, il oscille sous nos yeux et l’Homme commence à photographier. Sachant qu’il aime, avec les micro-planctons, avoir une échelle humaine sur le cliché pour mettre la taille de l’animal en évidence, je m’approche et je pose en mettant mon visage à la hauteur de cette salpe dont je découvrirai le nom à bord, avant de me souvenir d’en avoir déjà vu au Cap-Vert, l’année précédente (mais moins grande).
Nous faisons une dizaine de clichés, la transparence de l’animal ne nous permettant pas de savoir si nous aurions un résultat visible à l’écran. Puis l’Homme, carte numérique pleine, fait signe qu’il arrête et il rejoint René cinq mètres plus haut, en décompression. Je traîne un peu, j’observe ce curieux animal que je découvre pour la première fois puis je me retourne vers eux pour remonter à mon tour.
C’est à ce moment-là que je l’ai vu : un autre salpe, en forme de poire cette fois, d’environ 12 cm de long et 6 cm de large, avec un dard-filament d’environ 30 cm en guise de queue. Autre forme, mais surtout, ô magie, clignotant à l’intérieur de son corps sur ce qui semblait être des fils-néons fluo allant du rose dragée au thyrien !!! Stupéfaite, j’écarquille les yeux en songeant : « je rêve, et ça va disparaître !« . Mais non, l’animal continue à gigoter sous mon regard, à 10 cm de mon masque. D’un bras, je fais un signe vers les deux bonshommes au-dessus sans vouloir gacher ma chance de perdre une seconde de ce spectacle et donc sans les regarder eux. Intrigué par mon agitation, René s’approche et surpris, remet sa caméra en marche. Je m’écarte un peu pour le laisser se positionner, nous échangeons un regard souriant : quelle vision ! Il tourne quelques images puis il me fait signe d’éclairer par le dessus, je m’exécute avec mes 2 gros 500 watts à plein tube. L’animal continue à onduler mais en s’éloignant cette fois, emportant avec lui les luminescences roses dignes d’un film de science-fiction !
En septembre 2004, nous avions vu une très belle séquence tournée pour le film La Planète Bleue mais nous pensions qu’il s’agissait d’images de synthèse… Eh bien non ! Ces animaux existent réellement, et ils clignotent dans le grand bleu !
Nous n’avions plus de place sur la carte et tout s’est passé trop vite pour avoir le temps d’effacer des photos pour en faire d’autres. Le réalisateur de l’épisode n’a pas retenu cette séquence pour illustrer les plongées de Fernando, peut-être ne l’a-t-il pas vue. Dans son viseur de caméra, René ne voit qu’en noir et blanc et sur le bateau il m’a confié qu’il ne savait pas ce que ça donnerait. Je ne l’ai pas revu depuis. Je sais maintenant que cette luminescence est provoquée par les muscles de l’animal qui se contractent. Et je sais surtout que cette apparition était bien réelle même si cela semblait… extra-terrestre !
Peut-être aurez-vous envie de plonger pour voir cela un jour…



Facebook
Twitter
Technorati
Delicious
Digg
Flickr
Picasa
