Le Mendiant de l’Eldorado
29 juillet 2006 par Un Monde Ailleurs
Dans Lire et dire
Lire avant de partir, pour mieux découvrir et mieux profiter. Chaque voyage doit être prétexte à la lecture ; si certains partent le nez au vent avec pour politique d’apprendre sur le terrain, je fais partie de ceux qui préfèrent savoir un maximum avant, pour apprendre encore plus sur site. Tout ce que je sais avant de monter en avion, je n’aurai pas besoin de l’apprendre sur place, et j’ai l’impression de gagner du temps pour l’essentiel, pour la vraie vie, pour l’authentique. Ma curiosité est aiguisée, je cherche ce que le touriste de base ne verra pas, puisqu’il apprend… la base. Une autre façon d’appréhender le voyage ; ce n’est peut-être pas la meilleure, mais c’est la mienne.
Avant de partir en Guyane en décembre dernier, j’ai plongé dans Le Mendiant de l’Eldorado, un journal de voyage rédigé de façon presque clinique par Jules Crevaux, médecin de l’armée pour la profession, explorateur pour le destin. En 1876 l’Amazonie reste encore à découvrir et Crevaux fait partie des premiers Français à ratisser le grand bassin, dont la Guyane, pour en dresser la cartographie, relever les espèces de faune et de flore, étudier les tribus et rapporter aux musées européens des tonnes de relevés topographiques, de descriptions, d’échantillons, de plantes, de graines, d’objets artisanaux.
Ce récit a pour moi ceci de magique qu’il décrit avec précision les quelques endroits que nous avons eu l’immense plaisir de découvrir pendant notre séjour en Guyane. 130 ans après sa remontée du fleuve Oyapock, les descriptions de Crevaux sont toujours aussi réelles, retraçant la végétation, les parfums, les poissons,… tels que nous les avons vus et vécus. Nous avions réellement l’impression de suivre ses traces, à peine quelques mois plus tard tant la Guyane ne peut changer puisque le monde végétal reste le plus fort face à l’agression des plus industrieux. Bien sûr il y a ces plaies béantes dans la forêt pour quelques grammes d’or, évidemment on déboise pour faire de la place à une maigre agriculture,… mais si les Amérindiens ne portent plus de plumes, ils ont toujours les mêmes yeux, la même innocence et la même façon d’être. Et la forêt repousse, inlassablement. Les crues et les décrues s’égrènent, au fil des siècles.
On remercierait presque Crevaux d’avoir écrit l’immuable à notre place…
Un récit d’exploration à ne pas manquer, s’il y manque souvent de la poésie (il est médecin, rappelons-le), la vie d’un explorateur contemporain de Jules Verne, Darwin et Livingstone est toujours un retour dans le passé à déguster, un chapitre à la fois, avec les cris de l’Amazonie en prime. Et on apprécie davantage en montant dans l’avion les quelques gadgets technologiques qui nous rendront la vie plus simple ou moins dangereuse sur place…
Mots-clés :Guyane, littérature





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