La mélodie du voyage
27 mai 2007 par Un Monde Ailleurs
Dans Voyager
Je rentrais ce soir d’un dîner sur le Vieux-Port de Marseille, en compagnie de Sylvie, ma meilleure amie. Heureuses de nous voir (elle voyage trop, et moi aussi mais jamais dans les mêmes directions !), un peu extatiques, fenêtres ouvertes, avec 22° aux alentours de minuit et après un cocktail champagne limoncello, breuvage démoniaque… C’est l’été à Marseille !

Je la dépose à son hôtel puis je mets la radio pour m’accompagner sur le chemin qui mène à ma calanque. Et j’entends… Marianne Faithfull, Ballad of Lucy Jordan. Une voix pareille, ça ne s’oublie pas. Chemin faisant, je freudonne, mais… par onomatopées ! Et je réalise alors que c’est la première fois que je comprends les paroles. Pourtant je connais ce refrain, je l’ai tellement entendu. Oui mais… j’avais environ 16 ans, et à l’époque je commençais tout juste à comprendre l’anglais des Beatles.
De fil en aiguille, je me suis souvenue avoir maintes fois entendu cette chanson au cours de l’un de mes premiers voyages (sans mes parents) en Finlande, et Faithfull m’a accompagnée jusqu’à Rovaniemi, au cercle polaire. Une nuit magique, ou plutôt une journée qui s’étire comme un chewing-gum entre deux doigts, un soleil rasant l’horizon pendant des heures, refusant de disparaître tout à fait derrière les rares cimes émaillant la toundra, puis redressant la tête fièrement pour entamer une nouvelle journée. Et sur le radio-cassette d’une copine, ce refrain lancinant… “at the age of 37 she realised she’d never ride through Paris in a sports car with the warm wind in her hair“…
En m’installant devant l’ordinateur, je souriais encore et rapidement j’ai réalisé que des chansons ont toujours émaillé mes voyages. Vous savez, cette musique obsédante qui a la couleur d’une destination, celle qui s’attache à vos pas, qui suit vos efforts, qui vous retrouve au hasard de la programmation d’une compagnie aérienne, celle qui vous accueille dans le hall d’un hôtel ou qui traîne sur le lecteur MP3 d’un confrère. La musique, les mots, la mélodie d’une chanson qui deviendra souvenir d’un voyage, symbolique du plaisir vécu.
Marianne Faithfull fut donc, sans le savoir, ma compagne de voyage de quatre semaines fabuleuses en Finlande. Et l’année précédente, sur le ferry qui traversait la mer du Nord entre Danemark et Norvège, je fêtais mes quinze ans avec ma première vodka (sec !) et pour célébrer l’anniversaire de la petite Française, le DJ danois a mis gentiment sur sa platine le seul disque en français qu’il possédait : Plastic Bertrand, Ca Plane Pour Moi. Bof. Mais pour le remercier (je suis bien élevée…), il a bien fallu danser là-dessus ! Sacré souvenir ! Je ne peux plus l’entendre à la radio sans me retrouver d’un coup sous les étoiles de cette nuit irréelle de mes quinze ans…
Sept ans plus tard, je passe un mois en Suède, et c’est I do, I do, I do, I do, I do qui me rattrape d’un coup… Abba, incontournables des années 70 soit, mais surtout groupe mythique qui a fait connaître la Suède au monde entier. Deux voix fabuleuses, on peut le reconnaître.
En 1993, c’est un vol interminable vers Miami qui me fait découvrir une autre voix, celle de Youssou N’Dour avec Seven Seconds, j’y pense maintenant chaque fois que je surfe sur les play lists des compagnies aériennes. Puis un titre entendu sur toutes les stations de radio de Floride nous fera chanter à tue-tête, avec mon fils, sur les ponts qui émaillent la route interminable de Miami vers Key West, I Swear, des All 4 One, en pleine période des boys bands, mais version black and soul. Même le mois dernier, en me promenant de nouveau dans Miami Beach, cette ballade sirupeuse me trottait dans la tête… Mais à Key West, c’est le Kokomo des Beach Boys qui me hantait !
Deux ans plus tard, je fais un aller retour vers San Francisco. Sur la programmation d’Air France, c’est The Power of Love de Celine Dion, désormais indissociable pour moi d’un vol long courrier. Il m’a bien fallu trois mois pour me débarrasser de cette chanson ! Mais sur le Wharf de San Francisco, face à Alcatraz c’est Sittin’ on the Dock of the Bay qui m’assaille littéralement, et pendant quatre jours (et chaque fois que je revois mes photos !)… Otis Redding. Je viens de vérifier, c’est sorti en 1968, je ne sais pas où j’avais pu entendre ça auparavant, mais je la connaissais suffisamment pour fredonner le refrain. Pour moi, San Francisco c’est cette chanson !
New York : je fête mes 33 ans en passant une semaine seule dans la grosse pomme. L’euphorie totale ! Au deuxième jour, je monte en haut de l’Empire State Building au coucher du soleil pour regarder Time Square s’illuminer doucement. L’exaltation monte en moi et… c’est Sinatra qui explose dans ma tête ! Quelques notes de piano qui s’égrènent en ouverture… un succès planétaire. Aujourd’hui si je préfère la version de Liza Minelli, c’est toujours New York, New York qui est le symbole de cette ville qui ne dort jamais… Un peu facile peut-être, mais je n’ai rien trouvé de plus exact ni plus proche du plaisir que j’ai ressenti à arpenter cette mégapole vibrante !
Quelques mois plus tard, direction Los Angeles. Et je retrouve sur American Airlines un vieux tube que j’avais écouté pendant des semaines quinze ans plus tôt, Atomic. Blondie, indissociable du film American Gigolo qui faisait découvrir Richard Gere avant l’heure… A Los Angeles j’ai racheté en version CD l’album vinyle que j’avais égaré depuis le début des années 80.
En 2000, je m’envole trois fois de suite vers l’île Maurice, m’aérer les neurones en plongeant pour photographier alcyonnaires et poissons anges. Sur Air Mauritius, toujours la même chanson interprétée par Tracy Chapman, I’m Sorry. Une femme à la voix d’homme, renversante, tellement troublante dans son interprétation douloureuse… Une chanson qui fait mal, à une période troublée de ma vie. Indissociable de mes échappées belles vers Maurice. Depuis j’ai découvert une version en duo avec Pavarotti, encore plus forte, je vous la recommande vivement ! Mais à ne pas écouter en période de blues, ça plombe.
Puis je repars à New York, à une époque où Whitney Houston sort un double album, compilation. A l’intérieur, un titre qui est passé presque inaperçu en France, extrait du film Waiting to Exhale. Why Does it Hurt So Bad… j’entends ce titre chez un disquaire sur Time Square. Phénomène d’identification immédiate. C’est un tube aux US, et chaque fois que j’entre dans un magasin, les hauts parleurs lâchent les paroles qui me poursuivent et les vendeuses chantonnent :
“Never again thats what I said to myself
I never wanna feel your kinda pain again boy
Just when I think its over
Just when I think its thru
I find myself right back in love with you !”
Indiscutablement, j’aime les voix, les grandes, les belles. Ma période de vie sur l’île de la Réunion est marquée par davantage de sérénité et j’écoute alors en boucle des titres comme All in Love is Fair. Barbra Streisand est unique, mais il faut s’attacher aux textes pour apprécier pleinement.
Et plus récemment, c’est Butterfly qui s’élevait en silence dans ma tête lorsque, assise dans un 4×4 de brousse, j’observais l’immensité dramatique d’un ciel d’Afrique au couchant… Je vous invite à écouter cette chanson tout en regardant la photo que j’ai mise en illustration en tête de cet article pour comprendre : un lac de savane, trois hippopotames, un crocodile, le ciel se couvre de nuages gris plomb en quelques minutes jusqu’à ce que le soleil l’embrase littéralement en le couvrant d’un drap d’or. Extase d’une minute inoubliable. Allégresse mêlée d’exaltation, c’est la voix de Mariah Carey qui a illustré cette splendeur. L’impression qu’elle vous emporte par-delà les nuages… Ecoutez donc au casque la dernière minute de son Butterfly, elle me transporte littéralement, vous comprendrez…
Des titres, il y en a d’autres, au gré des pays traversés, je ne peux pas tous les citer. Ils rythment mes moments d’émotion. Et quand on voyage seul(e), la musique s’invite plus facilement, elle vous envahit davantage, comme si elle était là pour vous prendre par la main, pour vous aider à vivre mieux, ou différent. Elle donne une couleur aux paysages, elle marie une mélodie à une rencontre, elle ajoute à la magie du voyage, contribue à son histoire, et s’attache aux souvenirs au retour. Mais je suis certaine que vous aussi, vous vivez vos voyages en musique ! Vous n’en aviez peut-être pas pris conscience, mais…
Racontez-moi !!!
Mots-clés :Voyager






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