La fièvre acheteuse…

18 mai 2005 par Un Monde Ailleurs  
Dans Europe

Récit MarseilleDepuis quinze jours, l’Homme est en Nouvelle-Calédonie pour filmer des nautiles et le deuxième plus grand lagon du monde… Et en partant, il m’a dit : “fais ce qu’il faut pour aménager un peu l’appartement, tu as carte blanche !“… Quelle femme n’aimerait pas s’entendre dire celà par son conjoint ?… Et bien moi, non !…

Mais je ne suis pas tout à fait normale selon les critères qui régissent l’anima de ces dames du siècle : le shopping m’insupporte littéralement, j’ai horreur de celà ! Lorsque je dois acheter, je m’arrange pour patienter quelques semaines, je dresse une liste longue comme un jour de pluie et un beau matin je me force et je fonce, mais j’achète tout d’un coup ! Au moins, je n’ai pas perdu mon temps. Parce qu’en fait, ce qui me gave littéralement c’est de perdre mon temps à faire des allées et venues, à musarder le nez en l’air et le simple mot de “lêche-vitrines” me navre : imaginez, au premier degré !…

J’ai tellement horreur de cela que même pour le ravitaillement, je suis abonnée aux courses sur Internet : vive Telemarket !… J’ai été l’une de leurs premières clientes, une pionnière, et je le suis restée pendant au moins dix ans, jusqu’à ce que je quitte la métropole. Puis, de retour sur Paris, j’ai fini par repasser quelques commandes. A moi les joies de la commande sur le net, la sélection de mes produits en 1/4 d’heure (puisque après tout, on achète toujours la même chose d’une semaine sur l’autre…), pas d’attente à la caisse, rien à porter, et la livraison à domicile, devant le réfrigérateur !

Mais j’ai une énorme chance : je vis avec un extra-terrestre au masculin qui ne détale pas au simple mot “supermarché”… Et même, dès qu’il a compris que pousser un caddy au beau milieu de la foule d’une après-midi de Noël, me rend à demi hystérique, il m’a proposé de se charger du ravitaillement chaque semaine. N’est-ce pas une excellente raison supplémentaire d’être amoureuse d’une exception pareille ?!… Sachant qu’il m’est arrivé de nombreuses fois dans le passé d’entrer dans un supermarché, puis en constatant dès l’entrée la file d’attente aux caisses, de faire demi-tour illico et de rentrer chez moi pour improviser une spaghetti party, le fait que mon compagnon sache vérifier les dates de péremption sur les emballages et qu’il soit capable de discerner du saumon de la lotte, quel avantage !… Il pousse même la perfection assez loin : dès la première fois, il fut capable, seul, de me rapporter MA tablette de chocolat préférée sans que j’eus besoin de lui en préciser la marque, c’est dire…

Non, moi le shopping, j’abhorre !

Alors quand l’Homme me dit : “vas-y, trouve le mobilier pour l’appartement…“, je frémis… Et même si j’aime la décoration intérieure, je laisse passer deux semaines. Jusqu’à me dire un beau matin : “si tu veux qu’il apprécie un joli cocon à son retour, tu as intérêt à te remuer“. Dont acte.

Il y a trois jours, j’ai chaussé les baskets, trouvé les adresses sur Internet, puis réglé le GPS de la voiture pour commencer un repérage du diable : ce n’est pas compliqué, dans cet appartement, il nous faut tout ! En quittant Paris pour nous installer sur Marseille, nous avons fait table rase du passé et laissé tout le mobilier sur place. Chaque pièce a besoin de son étagère, sa bibliothèque, sa table et ses chaises, son meuble TV, sans oublier… le canapé ! La veille, j’avais scrupuleusement fait le tour de chaque pièce, mètre en mains, pour mesurer, lister, vérifier. Et armée de mon petit carnet et de la calculatrice, je fais le tour des zones commerciales autour de Marseille. Parce qu’évidemment, en trois jours j’ai fait l’équivalent de 300 km autour de mon domicile !… Inutile d’imaginer pouvoir faire d’un coup le tour des magasins d’ameublement sur une seule zone, non, non, d’autant que les zones commerciales sont éparpillées chacune à l’opposé de l’autre…

L’astuce lorsque vous partez en repérage, c’est de savoir très exactement ce que vous voulez, le style que vous recherchez. Et vous visitez chaque magasin, pleine de bonne volonté. Sans jamais trouver le meuble qui vous enthousiasme sur le coup ! Donc, il faut savoir remettre en question l’idée de départ et s’adapter à l’offre… C’est ainsi que je suis passée en trois jours de l’idée d’un salon résolument ambiance coloniale des Molluques à celui d’un salon personnalisé avec des souvenirs de voyage mais en restant dans une certaine modernité. En fait, j’ai vite réalisé que notre bel appartement ne se prête pas tout à fait à une ambiance coloniale avec son immense pièce de séjour rectangulaire et ses murs blancs. Il aurait fallu au minimum repeindre les murs, et franchement, j’ai baissé les bras devant le peu de temps que j’ai devant moi !

Mais en trois jours, j’ai fait le tour de tous les magasins susceptibles de m’offrir le décor que j’ai conçu, tous !… Et je suis même retournée trois fois chez certains !… Parce qu’en fait, quand vous avez un appartement complet à aménager, vous avez besoin de tous les styles et de tous les budgets également ! Parce que bien sûr, nous nous étions fixé un budget qui a fait grise mine devant le canapé, le seul canapé qui m’ait fait de l’oeil dans son décor indonésien… Glurps… La vendeuse élégante me dit “vous avez du goût…“, oui, ça je le savais déjà. Et elle ajoute : “c’est notre modèle le plus haut de gamme…“. Ah. Ca, je m’en doutais, ça tombe toujours sur moi : dès que je jette mon dévolu sur un article, quel qu’il soit, il faut que ce soit le plus cher !!!… Mais je jure que je ne le fais pas exprès ! Vous non plus ?…

Bref, deux jours de négociations avec la dame, je lâche un peu de lest sur le budget, elle baisse un peu son prix, et je signe. Nous aurons le canapé dans la seconde quinzaine de juillet. Même chose pour la petite surprise que je prépare pour l’Homme qui est tombé amoureux de sa grande terrasse plein soleil devant les pins et les calanques. Jusqu’à présent, nous nous partagions une hideuse chaise longue en plastique blanc, classique, rescapée du déménagement. Mais j’ai fureté tous azimuts et j’ai déniché deux lits bas en fer forgé avec matelas et coussins (marron glacé et vert anis) qui s’harmoniseront parfaitement avec les murs ocres : bains de soleil garantis ! J’ai ajouté un coffre de jacinthe d’eau en guise de table basse et une adorable lampe photophore pour la lumière du soir… Ambiance méditerranéenne ! Il faut que j’achète les citronniers et le laurier rouge.

Il faut encore ouvrir une vingtaine de cartons qui datent de notre déménagement et tout répartir dans les commodes, sur les bibliothèques et dans les placards. Si je parviens à vider tous ces cartons, je serais digne de la médaille du mérite ! Ce soir, je suis exténuée, mais satisfaite à l’idée que la mission est remplie : globalement, à partir de vendredi soir, nous devrions déjà avoir un logis qui ressemble à un sweet home et non plus à un “camp de base arrière” comme le définit l’Homme…

Et euh… j’ai aussi légèrement dépassé le budget… D’un autre côté, une fois lancée, autant tout acheter d’un seul coup, au moins c’est fait ! Et je me suis trop heurtée pendant ces trois jours à des “ah non, nous ne l’avons plus en stock, et on n’attend plus rien avant la nouvelle collection de septembre“. Je n’allais tout de même pas remettre ça en septembre, non ?!!!…

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