L’île Maurice, deux épaves dans la journée

boulerecit.jpgJe fais du tri dans mes photos, et donc petit retour en arrière dans mes archives. J’ouvre mon journal de 2001 et je retrouve quelques rĂ©cits notĂ©s Ă  chaud, alors que je vivais dans l’hĂ©misphère sud. Envie de vous emmener plonger ce matin. PrĂŞts ?… Direction l’ocĂ©an indien, l’île Maurice, avec Hugues Vitry chez Blue Water Diving Center.

 L’épave du Stella Maru à l’île Maurice, avant le cyclone Dina

 

Les touristes se font rares en ce moment sur Maurice. L’hiver s’en est allĂ© sur la pointe des pieds et les premières chaleurs de l’étĂ© arrivent par souffles d’alizĂ©s, chaque jour un peu plus. Les buissons de fleurs prennent des couleurs et les oiseaux s’en donnent Ă  cĹ“ur joie. Tout le mois de novembre est une bĂ©nĂ©diction Ă  Maurice pour les plongeurs : ce n’est pas encore la saison des cyclones et la tempĂ©rature de l’eau grimpe en douceur ; les rares plongeurs qui viennent profiter de ces premiers courants chauds (l’eau affichera jusqu’à 29° en dĂ©cembre) le font en toute tranquillitĂ© puisque le rush des touristes de fin d’annĂ©e ne commencera qu’en seconde quinzaine de dĂ©cembre. En fait, nous avons sept semaines devant nous pour plonger en palanquĂ©es rĂ©duites, le bonheur… Il fait beau et doux en ce 30 octobre 2001 sur le ponton de Trou aux Biches, sur la cĂ´te Ouest. C’est l’anniversaire de quelqu’un qui m’est cher mais très loin lĂ -bas, en mĂ©tropole. J’y pense forcĂ©ment et je lui dĂ©die mes deux plongĂ©es du jour avant d’embarquer sur le bateau de Hugues, un ami depuis quelques annĂ©es.

Puisqu’il faut toujours commencer par la profondeur la plus importante, ce matin j’accompagne Hugues sur l’épave de Stenopus… C’est un site qui commence aux alentours des 32 mètres et qui descend beaucoup plus bas, en pente douce. C’est une magnifique plongĂ©e d’ambiance, une vaste plaine de sable blanc avec quelques falaises Ă©parpillĂ©es qui forment de magnifiques tombants sur lesquels s’arriment les silhouettes fantomatiques de coraux noirs, d’immenses gorgones et de gros buissons d’alcyonnaires. La faune n’est pas très riche tant le paysage est vaste, mais de taille respectable. Le spectacle, la raison pour laquelle on Ă©carquille grand les yeux sous le masque parce qu’on sait qu’on ne verra pas tout, c’est que c’est majestueux, d’un calme incroyable, d’une sĂ©rĂ©nitĂ© indescriptible. C’est un site que j’aime particulièrement pour son atmosphère, vous flottez entre deux eaux, avec une belle clartĂ© qui vous fait deviner les deux thons qui filent, au loin. Certains arbres de corail font plus de deux mètres de haut, c’est impressionnant.

Platax de l’île Maurice

Nous croisons en chemin un très beau platax d’environ cinquante centimètres d’envergure qui broute tranquillement une petite Ă©ponge lilas, nullement impressionnĂ© par ces zĂ©bulons qui viennent buller sous son nez pour mieux l’observer. Mon amie Sandra dĂ©couvre une superbe porcelaine, ce gros coquillage ventru et vernis que l’on attribue d’habitude Ă  la PolynĂ©sie. Elle emplit ma main, ce qui vous laisse imaginer sa taille ! Et vivante, puisque le mollusque agite sa robe Ă  l’intĂ©rieur et je la repose alors sur le sable, près d’une roche. Avec un clin d’œil de connivence Sandra la recouvre lĂ©gèrement de sable pour qu’un autre plongeur ne se transforme pas en prĂ©dateur. C’est Ă©goĂŻste, je sais, mais nous assumons. Puis au dĂ©tour d’un buisson de corail tubastrea vert sombre c’est un Ă©norme arothron qui croise notre chemin ! Aussi surpris que nous l’animal fait demi-tour juste au moment oĂą Hugues le prend en photo. Malheureusement, je n’ai pas le temps de prendre la pose et mes palmes (et ma frange !) s’envolent en mouvement disgracieux.

Diodon de l’île Maurice

Au palier j’ai le dĂ©plaisir de m’offrir une crampe au pied, super ! Comme je me tortille pour attraper mon pied (essayez, vous, harnachĂ© d’un Ă©quipement encombrant sur le dos de vous plier en deux pour attraper votre pied bloquĂ© dans une palme tout en restant stable au palier Ă  – 3 mètres !), Hugues s’approche et tente de me soulager en le tordant dans l’autre sens. A ce moment-lĂ , j’aperçois une murène lĂ©opard qui se balade tranquillement en pleine eau, une dizaine de mètres plus bas ! Je la montre Ă  Hugues qui file illico vers elle pour essayer de la photographier. Mais il revient bredouille une minute plus tard : la belle a filĂ© très rapidement. Bref, une très belle plongĂ©e jusqu’à – 39 mètres pendant près de 38 minutes, et je suis remontĂ©e sur le bateau avec 100 bars !… Je n’en reviens pas et Hugues sourit ; j’acquiers de l’expĂ©rience, je suis bien plus Ă  l’aise qu’il y a deux ans et je consomme forcĂ©ment moins…

A 11:00 je reste sur le bateau, comme d’habitude, et je regarde les novices faire leur baptême de plongée sur le site de Corsaire Reef. J’ai toujours aimé les voir sortir avec des étoiles plein les yeux alors qu’ils se montrent un peu nerveux avant de sauter à l’eau. Leur enthousiasme et leurs larges sourires récompensent chaque fois les efforts des moniteurs pour les mettre en confiance et leur montrer ce que la plongée a de plus beau.

Puis barquette chaude de nouilles frites apportĂ©es sur le bateau par Fred, le skipper apprenti de Hugues, et nous repartons vers une autre Ă©pave, le Stella Maru. Je ne saurais dire si c’est ma prĂ©fĂ©rĂ©e parce que j’aime aussi le Silver Star pour l’énorme buisson d’alcyonnaires rose qu’elle possède sur son mât et parce qu’elle gĂ®t fièrement dressĂ©e par 40 mètres de fond. Mais je connais le Stella Maru par cĹ“ur, sur le bout des palmes, et c’est pourtant chaque fois le plaisir d’une dĂ©couverte. Je n’ai jamais fait deux fois la mĂŞme plongĂ©e sur cette Ă©pave, c’est dire !…

Je plonge en trinôme cette fois, avec un moniteur qui vit habituellement sur La Réunion (en vacances sur Maurice) et un jeune homme apprenti-photographe qui commence son stage demain mais qui a pour instruction cette après-midi de me regarder travailler. Je suis flattée mais un peu intimidée : je ne me débrouille pas trop mal avec le Nikonos mais je ne suis qu’amateur, épaulée par Hugues qui me dévoile tous ses secrets jour après jour depuis des mois. Dès notre descente sur les 20 mètres Hugues trouve un inimicus presque enfoui dans le sable ; je ne sais pas comment il fait pour les détecter ! Chaque fois, je le vois suspendre son vol, dresser le doigt et suivre une piste imaginaire qui serpente sur le fond. Puis il balaie l’espace d’un geste de la main au-dessus du sable et apparaît alors la tête biscornue de cette variété de poisson-scorpion. De petite taille, l’inimicus décolle rarement du sable et il est reconnaissable aux belles couleurs orange vif et marbrées de ses nageoires pectorales lorsqu’elles se déploient. Elles lui donnent l’air d’un papillon…

inimicus de l’île Maurice

Nous nous sĂ©parons en deux groupes de trois personnes et j’entraĂ®ne mes deux compagnons de palanquĂ©e de l’autre cĂ´tĂ© de l’épave, lĂ  oĂą dorment souvent de gros mĂ©rous, sous la structure posĂ©e sur le sable. Me voyant braquer l’appareil et rĂ©gler mon flash, mes compagnons restent en retrait un mètre derrière moi, surveillant mes arrières, et je suis obligĂ©e de leur faire signe de se rapprocher pour observer la grosse langouste qui s’agite lĂ , dans l’ombre. Au-dessus de l’épave je prends quelques clichĂ©s d’un banc de lutjans qui Ă©voluent près d’une petite rascasse brune, toutes voiles dehors. Et nous faisons le tour de l’Ă©pave en long, en large, et en travers… La murène javanaise de près de deux mètres de long ne veut pas se montrer aujourd’hui.

A un moment donnĂ©, je m’éloigne pour prendre un peu de recul avec mon grand angle. Aujourd’hui l’eau est très claire mais le soleil commence Ă  baisser ; la silhouette Ă©paisse de l’épave se distingue dans le bleu sombre, et j’aperçois un morceau du moteur du chalutier Ă©chouĂ© lĂ  en 1987, concrĂ©tionnĂ© et couronnĂ© d’une branche de corail solitaire. Un sympathique premier plan… Je règle l’ouverture du diaphragme et… la photo se trouve en tĂŞte de cet article. En revenant vers l’épave, je dĂ©niche Ă  l’avant et au ras du sable, une petite murène verte et deux bĂ©bĂ©s rascasses volantes qui jouent un moment avec moi contre l’armature.

Rascasse volante, pterois volitans, de l’île Maurice

Il est alors temps de nous Ă©loigner un peu du Stella Maru pour dĂ©couvrir la richesse du rĂ©cif Ă  proximitĂ© et je prends ce jour-lĂ  la photo dont je rĂŞvais depuis une semaine : une anĂ©mone un peu surĂ©levĂ©e avec sa nuĂ©e de poissons dominos sur fond de jardin exotique. J’espère que ce sera bon ! Puis la pellicule Ă©tant terminĂ©e nous rejoignons Hugues et ses deux plongeurs.

 

Anémones de mer de l’île Maurice

Une minute plus tard je lui montre un rason-paon qui se trĂ©mousse un moment, puis comprenant qu’il est Ă©piĂ©, file tĂŞte la première se cacher dans le sable dès notre approche ! Etonnant. Hugues me dĂ©signe alors deux coquillages, des cĂ´nes effilĂ©s et longs comme sa main, cachĂ©s sous le sable. Ne me demandez pas comment il savait qu’il y avait lĂ  deux coquillages enfouis et invisibles Ă  l’Ĺ“il nu ! Cet homme est un mystère ! Nous surplombons ensuite le rĂ©cif aux anĂ©mones de mer cernĂ©es par toute sa petite faune rĂ©cifale et colorĂ©e, et Hugues trouve un poisson-feuille rose, tirant davantage sur le rouge, cachĂ© au creux d’une roche, sous un plateau de corail. Et nous remontons vers le palier…

 

Cinquante-cinq minutes dans l’eau, par vingt-quatre mètres de profondeur maximum. Une jolie plongĂ©e, comme d’habitude…

 

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2 commentaires pour L’île Maurice, deux épaves dans la journée

  1. Amaury on 11 décembre 2007 at 13 h 50 min

    Hello,

    ma cousine qui travaille dans une agence de voyage nous a eu un super prix avec le tour operator Rainbow, nous partons donc finalement 5j Ă  la RĂ©union et 7 jours Ă  l’ile maurice Ă  l’hotel 20 degrĂ©s sud (tenu par des belges ;-)
    http://www.20degressud.com/fr/accueil/

    PS: cette fois c’est sur et rĂ©servĂ© ;-)

  2. Un Monde Ailleurs on 11 décembre 2007 at 21 h 04 min

    Bravo !!!

    Je suis sûre que vous serez très contents de votre séjour dans les Mascareignes.
    :-)

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