Irlande du Nord, à l’ombre des géants

18 juin 2008 par Un Monde Ailleurs  
Dans Europe

Chaussée des Géants IrlandeC’est ma première journée en Irlande, si je fais abstraction des quelques heures de la veille au soir à chercher mon chemin dans Belfast. Ce matin le soleil fait chatoyer la mer du Nord et je suis sortie assez facilement de la ville en suivant les indications fournies par le réceptionniste de l’hôtel. Puisque mon voyage ne fait que commencer, j’ai prévu une journée chargée : je vais remonter toute la côte des comtés d’Antrim et de Derry pour redescendre ensuite vers le Donegal, en république d’Irlande .

Chaussée des Géants Irlande du Nord

Je n’ai pas d’autre but en longeant cette côte que d’admirer le paysage pour découvrir celle dont on m’a vanté les lumières et les falaises. Et je me suis réaccoutumée très vite à la conduite à l’anglaise, volant à droite, boîte de vitesse à gauche, et voie de gauche. Le plus difficile, mais je m’en souvenais, c’est de s’engager sur les rond-points, en les remontant par la gauche. Mais les Irlandais sont des conducteurs courtois, et peu démonstratifs. Qu’on se le dise : conduire en Irlande, c’est facile.

J’ai donc relevé sur la carte et dans mes guides quelques sites d’intérêt pour les panoramas qu’ils ont à offrir avant d’arriver à la première étape de mon voyage. Mais très vite mon œil de photographe est attiré par les contrastes de couleurs : en ce début de printemps les buissons sont en fleurs et le jaune tranche crânement sur le vert vif des prés qui escaladent les montagnes et les falaises. Je m’arrête pour prendre quelques photos, et poursuis mon chemin, toujours plus haut. A la hauteur de Cushendun je choisis la route côtière sur la gauche, celle qui mène à Torr Head, un site panoramique plus qu’un village, qui fait face par beau temps à la côte écossaise.

Je ne connais pas l’Ecosse mais l’idée de l’apercevoir depuis les côtes irlandaises me pousse à l’assaut de cette petite route d’excellente qualité mais interdite aux camping-cars et aux camions en général. Très vite, je comprends pourquoi : quelques pentes abruptes où la boîte automatique de ma voiture peine à trouver ses rapports, une étroitesse qui ne laisse pas le passage parfois à deux véhicules, des virages en épingle à flanc de coteau, pour monter jusqu’en haut, là-bas, bien au-dessus du niveau de la mer.

Au détour d’un virage je vois rebondir quelques mètres devant mes roues l’arrière-train joyeux d’un lapin sauvage dans un parterre de fleurs à clochettes bleues, près d’une haie de lilas en fleurs. Il ne fait que 12° et je baisse ma fenêtre pour profiter des parfums ; une nuée de pétales de cerisiers en fleurs s’abat sur mes genoux et soudain, là, je la vois : la côte d’Ecosse !

Je profite d’un minuscule terre-plein pour garer la voiture et je change d’objectif pour utiliser le 200 mm. Mais à cette hauteur et en plein vent porté par la houle de la mer du Nord, sans aucun appui pour stabiliser l’objectif, le Mull of Kyntire peine à s’inscrire sur la carte numérique de l’appareil. Comme une ombre esquissée au doigt sur un dessin d’enfant dans de la peinture à l’eau… Et la chanson de McCartney va me hanter toute la journée !

Après avoir photographié quelques-uns de ces moutons d’Irlande à l’épaisse toison et à la tête noire, je reprends le volant pour atteindre ma première étape sous un ciel qui s’assombrit de minute en minute : en arrivant à Carrick-a-Rede pour traverser le pont suspendu, j’ai presque l’impression qu’il pourrait être 17:00 au mois de février en France… Mon moral chute d’un point en songeant aux photos qui seront moins éclatantes mais je ne veux présumer de rien en ce premier jour.

J’achète mon ticket d’entrée à 3,50£ pour avoir le droit d’effectuer un kilomètre à pied sur le haut de la falaise, en plein vent. Descente de quelques marches, puis d’autres, et je me fais la réflexion que ce n’est pas un site pour quiconque se déplace en béquilles ou en chaise roulante. Parce que les marches sont inégales, et qu’il faudra remonter !

Je croise quelques Irlandais en sens inverse ; tous me saluent aimablement. C’est agréable de se sentir accueillie en terre étrangère, et cela ramène le sourire sur mes lèvres. Le sourire et l’accueil des Irlandais feront partie des points positifs de ce voyage.

Quand j’arrive en haut du pont, je montre mon ticket au monsieur à la barbe blanche et aux yeux clairs. Il est peut-être pêcheur puisqu’ici ce sont les pêcheurs qui installent et entretiennent le pont d’année en année. L’homme n’est pas bavard, mais un sourire timide éclaire son visage lorsqu’il s’arrête sur mes joues rosies par la marche sur un rythme forcé : je me suis accordé une heure maximum sur site, pas question de prendre du retard sur mon programme de la journée !

J’ai le droit de descendre l’escalier aux marches métalliques qui donnent accès au pont de corde, le Rope Bridge, et je découvre le paysage : splendide !…

Pont de Carrick-a-Rede en Irlande du Nord

Un pont de corde (très sécurisé) s’élance sur une vingtaine de mètres vers une île pointue, vingt-cinq mètres au-dessus de l’étroit passage dans lequel les saumons s’engouffrent par milliers en saison, pour atterrir dans les filets des pêcheurs. Malgré le temps très maussade, la vue est superbe, l’eau a des reflets d’émeraude et la falaise abrupte est époustouflante. Les visiteurs ne s’attardent guère sur ce pont (couvert de planches) et si je reste un moment à l’entrée pour prendre le temps de quelques photos, je le traverse pourtant sans encombre et sans peur malgré le vent persistant. Mais il est vrai que je n’ai jamais souffert du vertige.

Falaises de Carrick-a-Rede en Irlande du Nord

Très vite je prends le chemin du retour puisqu’une autre étape d’importance m’attend à 11 km de là. Sur le chemin, et pour souffler dans la remontée, je sors l’objectif macro pour faire des serrés sur des violettes et des jacinthes sauvages. Plus loin, c’est un couple d’Asiatiques qui tendent timidement leur appareil photo (tout petit !) et nous engageons la conversation : retraités, ils sont originaires de Singapour et avouent un tour d’Europe. Je leur raconte que j’ai fait escale dans leur territoire le mois dernier vers l’Australie et que je l’ai visité plus longuement en juillet. Nous échangeons nos impressions sur l’Irlande, sur la France et la dame aux joues rebondies conclue en disant à mi-voix : “Singapour, c’est tout petit !“…

En arrivant sur le site touristique le plus célèbre d’Irlande du Nord, je rechigne un peu à sortir de la voiture : une fine pluie commence à tomber et sur le parking aménagé s’aligne une dizaine de cars de touristes. S’il y a bien un handicap à la photographie, ce sont les hordes de touristes. Mais je ne veux pas repartir sans avoir vu ce phénomène dont la géologie se dispute avec la mythologie : Giant’s Causeway, ou la Chaussée des Géants.

J’achète mon billet d’entrée (2£) pour grimper dans un mini-bus qui va nous emmener jusqu’à l’entrée du site, jusqu’aux premières colonnes. La pluie s’est arrêtée, le soleil et le vent se mettent à l’œuvre pour sécher les pierres polies par des siècles de visites et je découvre l’endroit : 37 000 colonnes hexagonales se sont formées à la suite d’un refroidissement de lave il y a soixante millions d’années !…

Chaussée des Géants en Irlande du Nord

Si l’endroit dégage une certaine atmosphère, malgré les visiteurs surtout attentifs à ne pas se rompre un os sur l’irrégularité des pierres, j’absorbe d’un coup le gigantisme du paysage qui offre dans une ample baie une falaise qui semble découpée au couteau, découvrant parfois des colonnes basaltiques à flanc de falaise (photo ci-dessous), comme autant de pipes d’orgues dessinées par la main d’un géant. Le géant, c’est Fionn, figure légendaire de l’histoire irlandaise. Il aurait construit cette chaussée pour rejoindre sa fiancée sur une île des Hébrides, plus au Nord…

Chaussée des Géants en Irlande du Nord

Je vais passer une bonne heure sur place, à m’imprégner du lieu spectaculaire, faisant fi des touristes, respirant le vent à pleins poumons. Quelques gouttes tombent parfois, se mêlant aux embruns. Des pères rappellent leurs enfants à l’ordre lorsqu’ils s’éloignent trop sur les roches noires semblables à un éboulis de fin du monde. En mauvaise saison des vagues sauvages submergent parfois les visiteurs inconscients et chaque année les sauveteurs entrent en action…

Je grimpe à l’assaut d’un groupe compact de ces colonnes qui peuvent atteindre douze mètres de haut, serrées les unes contre les autres comme autant de crayons de couleur dans le pot trônant sur la table d’un instituteur. Des crayons disposés pointe en bas…

Chaussée des Géants en Irlande du Nord

Ici on pourrait tourner des films de science-fiction ou d’aventure, le cadre grandiose s’y prête à merveille. Et encore ! Je n’ai pas le temps d’aller jusqu’au bout de la falaise, là où je ne distingue plus que des silhouettes de fourmis aux vêtements de pluie colorés, là où des colonnes se jettent dans la mer.

Chaussée des Géants en Irlande du Nord

Il me faut déjà rebrousser chemin parce que plus loin je veux pouvoir me promener tranquillement dans quelques villages de pêcheurs, admirer White Park Bay (l’une des plus belles plages d’Irlande du Nord) et voir les ruines du château de Dunluce. Lorsque je quitte le site de Giant’s Causeway il est déjà 15:00 et la pluie se met à tomber. Elle sera ma plus fidèle compagne pour les jours suivants…

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Commentaires

4 Réponses à “Irlande du Nord, à l’ombre des géants”

  1. Marie-Net le 18 juin 2008 10:00

    C’est dépaysant de passer de l’ile maurice à l’irlande, dans tes derniers billets ! Tous les irlandais que j’ai rencontré durant mon voyage sont des gens très “friendly” comme ils disent. Sont-ils pareils à la maison ?

  2. Un Monde Ailleurs le 18 juin 2008 20:25

    Les Irlandais sont effectivement très friendly, ils renseignent très facilement quand on leur pose des questions ou qu’on demande un renseignement, l’accueil est spontané et le sourire facile et fréquent. Et puis j’ai apprécié leur courtoisie au volant, personne ne brûle la priorité de quiconque, pas d’entourloupe ou de crise d’ego au volant… C’est agréable !

    :-)

  3. isabelle le 18 juin 2008 23:49

    Quand je pense à mes 2 (trop) petits tours en Irlande, ce sont des couleurs qui me viennent en premier à l’esprit. Le vert des prés contrastant avec le bleu de la mer, le gris des falaises, les points blancs des moutons dans les lieux les plus improbables, les couleurs éclatantes des maisons dans les villages, une orchidée violette poussant dans une infractuosité des pierres du Burren…

    Ton billet et tes photos m’ont rappelé plein de souvenirs, merci !

  4. Un Monde Ailleurs le 19 juin 2008 20:55

    Et je n’ai pas encore tout raconté Isabelle… ;-)

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