Insupportable téléphone mobile dans le train

17 décembre 2007 par Un Monde Ailleurs  
Dans Voyager

boulegrrr.jpgC’est écrit partout, et des affichettes sont collées tous les deux mètres de chaque côté de chaque wagon et dans les escaliers. Des messages sont lus par la voix anonyme qui vous recommande, au début du voyage, de rejoindre la passerelle si vous ne pouvez vous passer de votre téléphone dans le train. Mais c’est plus fort que la raison ou la courtoisie la plus élémentaire : dans le train, le téléphone sonne. Et le voyageur répond !

affichette pas de téléphone dans le TGVAu mieux, c’est un vibreur (qu’on entend vibrer…) qui fait sursauter le cadre sup concentré sur l’écran de son ordi posé sur la tablette devant lui, laissant imaginer une puce sournoise le gratouillant au mauvais endroit. L’infortuné plaque une main hâtive sur son anatomie, souvent proche d’une zone aisément stimulable, et s’empresse de faire cesser la vibration incongrue hors intimité en se tortillant comme un vers sur son siège tout en maudissant la profondeur de sa poche. Lorsque, enfin, il clame l’habituel “Jean Dugenou“, immédiatement il jette un regard confus alentours : son anonymat vient de tomber ! Il se recroqueville sur son siège sous les regards sarcastiques et ne répond plus que par honomatopées en regrettant que l’ordi installé l’empêche de fuir trop facilement vers la fameuse passerelle…

Une minute plus tard, une sonnerie guillerette genre Mission Impossible résonne pour la troisième fois avant que le Marseille-Paris n’ait atteint Aix-en-Provence, à 30 km de la cité phocéenne. Nullement embarrassé, celui qui tient à son statut de businessman (qui voyage en seconde) brandit son iPhone tout neuf et se le colle à l’oreille avec le regard frondeur de celui qui pense “je bosse moi !“. Puis il négocie à voix intelligible le contrat de l’année avec force chiffres ronflants dans la conversation (comptez donc les “million’ dollars“…). En anglais de préférence.

Quelques sièges plus loin, c’est l’ado qui sévit : Marseille regorge de fraîches poulettes qui visiblement cumulent déceptions amoureuses et conflits de génération. Sa mère est obligatoirement “chiante” et son ex petit ami vient de sortir avec sa meilleure amie (qui vient d’être rebaptisée pour l’occasion). Elle appelle toutes ses copines les unes après les autres pour faire le point sur les deux dernières heures, demande des conseils ou en donne. Puis elle se dispute de nouveau avec sa mère. La Marseillaise est combattive, et elle le laisse entendre. A tout le wagon.

Sa version masculine ronchonne quand sa sonnerie retentit au moment où ses voisins, naïfs innocents, pensaient pouvoir s’assoupir. Grommelant un chapelet de jurons le temps d’ajuster au fond de ses oreilles les écouteurs de son Nokia qui fait tout (sauf réchauffer la sacro sainte pizza marseillaise), il éructe ensuite un “Allo” de bon aloi avant d’égrener les “ouais” à la pelle. Heureusement en général l’animal n’est pas bavard et ses interlocuteurs se lassent rapidement. Nous aussi.

La mère de famille, avec une préférence pour la famille recomposée, nuit sous une autre forme : sonnerie dynamique d’un portable vite dégainé, toujours à portée de main. On sent l’habituée. Elle jette à peine un oeil sur l’écran de son LG robuste, le temps de déchiffrer le prénom de celui de sa tribu qui souhaite lui soumettre un problème à résoudre. Et la mère de famille adore les problèmes, parce qu’elle trouve toujours la solution. D’ailleurs c’est bien le propre d’une mère de famille de solutionner les problèmes, personne ne le contestera. Le problème, le nôtre soudain, c’est que ses conversations répétées nous font participer à la recherche de la solution. On a beau se concentrer sur l’explosion du chiffre d’affaires du groupe LVMH ou relire trois fois le paragraphe sur “faut-il croire tous ceux qui s’expriment sur le climat”, rien n’y fait, on perd le fil. Sournoisement la mère de famille qui parle à voix basse assise en face de vous pollue votre lecture attentive en commentant les notes de contrôle de maths de l’aîné ou la stratégie d’une recherche de baignoire émaillée avec le nouveau papa. Elle jongle aussi allègrement avec le double appel (”ne quitte pas, j’ai maman en ligne, je te reprends tout de suite“). Quand elle ne se tortille pas sur son siège en murmurant “oui, pour moi aussi ce midi restera un souvenir inoubliable…” à l’inconnu qui visiblement n’est pas le nouveau papa ! Bref il faut attendre que sa batterie rende l’âme…

Vient la trentenaire. Toute de noir vêtue, brushing et maquillage impeccables, accessoires mode et techno. Son Samsung clignote à intervalles réguliers et lâche en même temps une mélodie harmonieuse (si, c’est possible !). Chaque fois, elle saute sur la bête et se précipite vers la passerelle comme si sa vie en dépendait. Des conversations trop privées (oh les joues roses au retour…) ou trop professionnelles (elle envoie une série de SMS après son coup de fil), elle dérange tout en restant discrète. Elle a une vie en dehors du train, et une vie probablement agitée si j’en crois ses nombreux aller-retour siège-passerelle.

Mais le pire vient sans doute de la SNCF elle-même : si par malheur vous vous retrouvez coincé(e) dans un train qui vous rejoue La Dame aux Camélias (j’arrête, je repars, j’arrête,…), tous les passagers se sentent soudain autorisés à se jeter sur leur portables pour appeler famille, colllègues et amis pour prévenir de leur retard. Dans ce cas n’espérez pas qu’ils se déplacent, ils trouvent normal de se plaindre assis sur leur siège, en utilisant les mêmes formules que le voisin. Comment faisaient-ils donc quand le portable n’existait pas ?…

Je n’évoquerai même pas le bip des SMS envoyés et reçus. Le grand jeu est de reconnaître le réseau de téléphonie (”mais si, je t’assure que c’est SFR !“). On se dit que les fournisseurs ont de beaux jours devant eux.

Quoiqu’il en soit, je me demande chaque fois où est passé le savoir-vivre à la française ?

Et qu’on se le dise, les “t’es où ?” et “t’as mangé ?” m’horripilent. Autant j’aime comme tout le monde prendre des nouvelles de mes amis et être joignable pour travailler, autant il ne me viendrait pas à l’esprit de partager mes pensées ou mes soucis avec des inconnus dans le train. Par discrétion, mais surtout par courtoisie. D’autant qu’en général le correspondant est souvent parfaitement audible. Et les coupures de réseau sont fréquentes au cours d’un trajet de trois heures. Ce qui oblige forcément tout le monde à se répéter…

Alors s’il vous plait, la prochaine fois que vous monterez dans un train, ayez la politesse de couper votre téléphone mobile, ou au moins mettez-le en vibreur. Et ne répondez que s’il y va de votre vie, ou de celle de vos proches. Faites de ce trajet un espace temps de lecture ou de travail propice à la concentration ou à la réflexion, voire au repos. Ne prenez pas non plus votre voisin de siège pour votre psy : personne n’a envie de connaître les 39 étapes de votre chemin de vie. Sauf peut-être votre maman. Vous l’appellerez tout à l’heure. En descendant du train.

Le mobile doit rester un outil, il ne doit pas être une dépendance.

Les phrases les plus entendues au cours d’un trajet de trois heures (en bon français, comme il se doit) :

  • tu m’entends ?
  • t’es où ?
  • t’as mangé ?
  • t’as mangé quoi ?
  • tu me rappelles ?
  • tu fais quoi ?
  • tu vas où ?
  • t’es là ?

Et vous ? Que pensez-vous de ces personnes qui nous font participer malgré nous à leur vie pas si privée ?…

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Commentaires

9 Réponses à “Insupportable téléphone mobile dans le train”

  1. Virginie le 18 décembre 2007 9:47

    Bonjour,
    Hummm cela me rappelle des situations vécues. Par contre, un gros reproche à la SNCF c’est la fameuse passerelle : comment veux-tu mener une conversation téléphonique digne de ce nom. Elles ne sont pas isolées et c’est une horreur : dans certains trains (les TEOZ), des espaces “téléphone” ont été prévus et c’est beaucoup plus agréable pour tout le monde !

    Sinon cette virée à Paris ?
    Moi j’ai prévenu tout le monde : samedi 22 à 15h55, la TV est réquisitionné ! et pas de discussion possible !

  2. Denis le 18 décembre 2007 11:26

    Hé hé, j’ai toujours pensé qu’on devrait donner un permis de téléphoner.
    Mais on y peut rien, certaines personnes sont mal élevées et le téléphone n’est qu’un moyen de plus de prouver qu’ils le sont.
    Le portable c’est pratique mais on dirait qu’on à jamais vécu sans.

  3. Un Monde Ailleurs le 18 décembre 2007 15:12

    Virginie : il est vrai que les passerelles TGV ne sont pas idéales, mais ce n’est pas une raison pour imposer à une trentaine de personnes qui souhaitent voyager dans le calme (pour étudier, lire, dormir ou réfléchir) une conversation qui ne les concerne pas. Je vois des gens carrément avachis sur leur siège, contre la vitre, et qui perdent des heures au téléphone, juste pour passer le temps. S’ennuyer à deux au téléphone n’est pas une solution pour combler le vide je crois. Bref, il faut peut-être apprendre à ne pas se servir de son téléphone mobile dès qu’on monte dans le train. Les textos (SMS) sont parfaits pour communiquer en silence, sans déranger (si on coupe le bip d’annonce !). Merci d’avoir réquisitionné tout le monde autour de toi pour la diffusion de samedi. Nous n’avons pas encore vu non plus cet épisode tout monté, mixé, etc… et le découvrirons comme vous samedi en direct !… :-)

    Denis : pas bête cette idée de “permis de téléphoner” !… Surtout quand on entends certains s’exprimer au téléphone. Le portable est un outil et aurait du le rester. A mon sens c’est aussi le premier ami de la femme (après l’homme !… ;-)) : un outil pratique pour garder le lien avec la famille et aussi pour la sécurité qu’il apporte ; on n’est plus tout à fait seul(e) avec un mobile, même en voiture, même la nuit quand on doit se déplacer. Mais les fabricants en ont fait un objet de convivialité indispensable et les humains ont perdu le sens du mot “téléphoner”. Désormais ils ne vivent plus sans leur mobile ! Et parfois c’est juste pathétique.

  4. Corinne le 18 décembre 2007 17:34

    Hé ! Hé ! Je me suis délectée à la lecture de ce post. ;-)

    Quand je rentre de mes voyages en Asie du Sud-Est, chaque fois, je me trouve dans un avion qui atterrit très tôt à Charles-de-Gaulle, vers 6h-7h du matin.

    Ensuite, comme je ne me sens pas le courage d’arpenter des kilomètres de couloirs de RER+métro, lestée de mes sacs, pour aller à la gare Montparnasse (il me reste à faire l’ultime tronçon retour Paris-Rennes), je prends le TGV qui part directement de l’aéroport. Le matin, il n’y en a qu’un, vers 10h30.

    Je suis en général dans un état de fatigue extrême: j’ai toujours du mal à dormir dans l’avion, ce à quoi s’ajoutent 6h ou 7h de décalage horaire… Alors je somnole tant bien que mal, blottie sur un siège entre mes sacs, à la gare de l’aéroport, en attendant le fameux train de 10h30. Et je me donne du courage en songeant au merveilleux somme récupérateur que je vais pouvoir faire dans le TGV…

    Tu parles… Ce beau projet tombe chaque fois à l’eau! Je suis trop souvent cernée par la galerie de personnages décris ci-dessus. Et je les ai tous croisés, je crois bien!!! Je ne leur en veux pas tant que ça, d’habitude. Les «T’es où?» à répétition m’amusent même parfois. Mais sur ces trajets au retour d’un long voyage, explosée de fatigue comme je le suis, la tête et le dos en vrac, je les ai maudits bien souvent…
    ;-)

    Désormais, je prends mes précautions: je n’oublie pas de me munir de bouchons d’oreille qui atténuent un peu le bruit environnant. Mais c’est rarement suffisant. Enfin, faut voir le côté positif: ayant pour principe de ne pas faire à d’autres ce que je ne voudrais pas qu’on me fasse, j’évite depuis longtemps d’infliger à mes compagnons de voyage en train le désagrément de mon propre portable…

    Corinne

  5. Virginie le 18 décembre 2007 18:25

    Attention ce n’était pas un plébiscité en faveur des pertubarteurs… mais plutôt un constat déprimant !
    La SNCF met à ta disposition de endroits censés te permettre de parler en toute sérénité et tu n’y arrives ! En train mon téléphone est sur mode réunion, je ne réponds que si c’est le boulot ou mon homme !!!
    Le truc c’est que j’ai une faculté à dormir partour et n’importe comment impressionnante !
    Ce qui me gene le plus c’est le froid que ce soit en train ou en avion !

    Bisous

  6. Un Monde Ailleurs le 19 décembre 2007 2:31

    Corinne : j’ose faire ce jeu de mot et je dirais que nous sommes sur la même longueur d’ondes… ;-). J’ai beau faire, et étant pourtant d’une humeur spontanément conciliante, les accros au téléphone dans le train me font régulièrement perdre patience. Mais je ronge mon frein en silence… Nos retours de tournage sont toujours aussi extrêmement pénibles : nous avons de trop nombreux bagages à redescendre de Roissy jusqu’à Marseille, et les décalages horaires joints aux heures d’avion (je dors aussi très très peu en avion) font que l’Homme s’abat systématiquement sur un double siège pour se rattraper un peu. Moi je porte en avion comme dans le train (pour les tournages seulement) un casque qui atténue les bruits environnants. Ca fonctionne assez bien, ça assourdit tous les bavardages environnants (terrible ce que ça peut caqueter en avion, surtout la nuit !) et ça isole un peu. Mais je ne l’emporte pas dans les petits aller-retour sur Paris.

    Virginie : j’avais bien compris ta position. :-). Et je t’envie ton aptitude à dormir partout ! N’importe comment, je peux. Partout, non. Et tu as raison, le froid est pénible aussi. Mais ça se prévoit… dès que je monte en avion je réclame une couverture supplémentaire (qui me sert toujours) et pour le train j’ai souvent la veste de l’Homme qui lui n’a jamais froid !

  7. Poupou le 28 décembre 2007 2:42

    Je n’ai pas de portable, sauf quand je viens en métropole où ma famille me colle un de ces engins…histoire de pouvoir me joindre. Je n’aime pas ça. Je ne vois pas l’intérêt de ces conversations stériles et qui sont à 99,9 % non urgentes.

    Et quand les professionnels de la téléphonie nous font croire que la communication entre les gens sera meilleure, je fais des bonds (j’approche l’état du kangourou, là !). Si les gens se comprennent mieux, ça se saurait.

    Le plus navrant, c’est que c’est devenu une normalité. C’est en effet devenu normal de répondre et d’engager la conversation alors qu’on est en réunion (je le vis toutes les semaines), lorsqu’on est en compagnie de quelqu’un d’autre…. Le pire est que même mes amis le font.

    Je déteste…en même temps, ça va bien avec notre époque, n’est-ce pas ? TPMG (tout pour ma gueule). Les autres n’existent pas. Donc, on ne dérange personne.
    Malheureusement, je n’ai pas solution à proposer…ou peut être alors, un brouilleur permanent.

  8. Un Monde Ailleurs le 28 décembre 2007 11:29

    Hum… je rêve aussi du brouilleur permanent dans tous les lieux publics ! Qu’on ait envie de téléphoner à l’abri de sa voiture ou en sortant du métro (du bureau,…), pour confirmer ou modifier un rendez-vous, pour vérifier que son enfant est bien rentré à la maison ou s’informer de l’état de santé d’un proche, j’approuve. Qu’on ait besoin de se tenir au courant de la bonne marche des affaires ou de contacter un collaborateur au cours de sa journée de travail quand on est en déplacement, je le conçois. Mais qu’on dérange 40 personnes dans un wagon de train avec une telle conversation (ou pire, plus oiseuse), ou qu’on décroche au restaurant pendant un déjeuner / dîner avec des amis ou des collègues, c’est juste un manque de respect d’autrui. Et je te rejoins là-dessus. Quand je partage un repas avec quelqu’un et qu’il se précipite sur son mobile dès qu’il sonne, j’ai juste envie de me lever et de tourner les talons : parce que ses conversations perso ou professionnelles ne m’intéressent pas, parce que je suis embarrassée de l’entendre discuter de ses petites affaires privées ou pro au milieu des autres convives dans la salle. Et parce que je mérite au moins autant d’attention que celui qui vient d’interrompre notre conversation ! Sinon, il ne fallait pas m’inviter !…

    Le téléphone peut rester un outil dont l’usage doit être maîtrisé. Et si le respect d’autrui est effectivement une valeur en perte de vitesse, il ne faut pas hésiter à l’enseigner à nos enfants, pour qu’à leur tour, très bientôt, ils disent à leurs parents : “on ne téléphone pas à table !” (= “dans le train, au cinéma, etc…”).

    :-)

  9. Poupou le 28 décembre 2007 19:57

    Ha, ha, le coup du resto, ça me fait penser à une chanson de Bénabar.

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