17:30… L’heure du coucher de soleil sur le Cahaya Mandiri, bateau traditionnel indonĂ©sien sur lequel nous venons d’embarquer pour une croisière de quelques jours au-dessus des plus beaux fonds sous-marins du monde, dans la baie de Labuhanbajo, au large de Flores qui fait face aux deux Ă®les de Rinca (prononcer Rincha) et Komodo dans le Parc National du mĂŞme nom. Quelques nuits de traversĂ©e parfois houleuse, mais je ne le sais pas encore…

Ce soir le soleil est d’or sur la baie d’un calme confondant… une lĂ©gère brise aide Ă supporter la chaleur qui a sĂ©vit toute la journĂ©e : 35 Ă 40° qui rebondissent sur le bitume constituant les routes et les rares trottoirs poussiĂ©reux de cette petite ville portuaire de Labuhanbajo (dont l’orthographe est souvent fantaisiste). Je suis seule sur le pont supĂ©rieur, Ă ciel ouvert, jouissant d’un rare moment de sĂ©rĂ©nitĂ©, le reste de l’Ă©quipe vaquant Ă d’autres activitĂ©s.
Sur le quai Ă moins de cent mètres notre rĂ©alisateur donne des instructions au capitaine par l’intermĂ©diaire d’un talkie-walkie : nous venons d’effectuer un demi-tour sur place, pour les besoins du film. Ensuite le petit Zodiac ramènera le rĂ©alisateur Ă bord, puis nous prendrons la mer pour aller retrouver notre cameraman sous-marin et son assistant qui sont dĂ©jĂ sur site depuis deux jours pour accumuler les prises de vue. A cĂ´tĂ© du rĂ©alisateur quelques IndonĂ©siens suivent les opĂ©rations avec un intĂ©rĂŞt non dissimulĂ©.
Ai-je dĂ©jĂ Ă©voquĂ© les IndonĂ©siens ?… Ce peuple si souriant, si gentil au sens propre du terme ? Tous nous offrent leur sourire, du plus petit au plus âgĂ©, un sourire dĂ©sintĂ©ressĂ©, le sourire de celui qui n’a rien Ă offrir d’autre que son hospitalitĂ©. Leur visage terre de Sienne s’Ă©claire d’un immense sourire et du plaisir qui illumine leur regard quand vous demandez l’autorisation de les prendre en photo.
Comment ne pas tomber sous le charme de cette gentillesse innĂ©e, de cette simplicitĂ©, de cette Ă©coute qu’ils ont du visiteur ?… Cherchez-vous votre chemin, un filet de pĂŞcheur, du colorant alimentaire ?… Posez la question, ils grimperont sur leur mobylette ou arraisonneront un taxi pour vous emmener. Ils parlent peu l’anglais et se rĂ©jouissent lorsqu’ils connaissent un mot de français, dès qu’ils ont identifiĂ© votre nationalitĂ©. La notion de tourisme n’a pas encore corrompu ces Ă®les, sauf Bali peut-ĂŞtre, centre industriel du tourisme indonĂ©sien dont il faut explorer les replis et les plages Ă©loignĂ©es pour en goĂ»ter tous les charmes.

La baie prend des couleurs rosĂ©es, saupoudrĂ©es de poussières d’or. Le coucher de soleil n’est pas flamboyant, mais simple, dĂ©pouillĂ© de toute sophistication et c’est ce qui fait ce soir toute sa beautĂ©. Ce navire lambrissĂ© de teck nous emmènera pendant la nuit vers Rinca, l’Ă®le encore sauvage sur laquelle se trouvent quelques varans de Komodo, ceux qui en nageant ont traversĂ© le dĂ©troit qui sĂ©pare les deux Ă®les.
Mais pour l’instant je respire Ă pleins poumons l’air du large qui se glisse lentement sous les voiles que les hommes dĂ©ploient autour de moi : l’union des vents de la mer de Flores et de ceux de l’ocĂ©an indien qui se mĂŞlent ici. Le soleil vient de se coucher dans un dernier embrasement, au-dessus des montagnes de Komodo droit devant. Quelques lambeaux cotonneux ensanglantĂ©s traĂ®nent encore au-dessus de la ligne d’horizon et envoient un dernier message, comme si le soleil ce soir refusait de tirer sa rĂ©vĂ©rence…





Rédactrice, auteur et photographe, Marie-Ange Ostré publie chaque semaine le récit et les photos de ses voyages en direct ou en léger différé. Paysages, rencontres, plongée sous-marine, cuisine, culture, bons plans,... Tous les voyages, à l'écoute des cinq sens !






merveilleuse description
Merci Pamela…