Escale au paradis : île de La Digue, Seychelles
22 février 2008 par Un Monde Ailleurs
Dans Océan indien
Poussière d’îles saupoudrant 400 000 km² entre Maldives et Madagascar dans l’océan indien, l’archipel des Seychelles représente le fantasme absolu de la majorité de nos populations urbaines cherchant à oublier le stress de la vie active à l’ombre des panneaux d’affichage et à grands coups de décibels. Avant le week-end, et pour mieux en profiter, laissez-moi vous emmener sur l’une de ses îles les plus admirées, les plus photographiées, La Digue.

En séjour farniente sur l’île de Praslin depuis quelques jours, je me suis abandonnée lascivement à la douce langueur des Seychelles, séduite par le sourire indolent de ses habitants pour lesquels les projets à long terme n’ont pas cours. Ici on vit au jour le jour, au rythme des alizés, sous la caresse du soleil. Et j’en fais autant…
Mais ce matin, avec ma meilleure amie, nous avons fait l’effort de nous lever plus tôt pour faire escale sur l’une des îles les plus réputées, et pourtant toute proche, à portée de ferry. En guise de ferry, il s’agit plutôt d’un bateau de bois qui fait transport de marchandises et de passagers, à heures fixes et plusieurs fois par jour. En l’échange d’un billet de quelques roupies acheté sur le quai, nous montons à bord et si mon amie préfèrerait s’installer à l’avant et en plein air pour mieux profiter du voyage, je l’entraîne bien vite à l’intérieur de la cabine, soupçonnant le trajet d’être un peu agité si j’en crois l’écume qui frange les vaguelettes, là-bas, au-delà de la digue de Praslin. Bien m’en a pris…

Un trajet d’une courte demi-heure nous transporte d’une île à l’autre, jusqu’à la jetée bétonnée de La Digue, sous le soleil radieux qui essuie la pluie qui vient de tomber. Nous refusons avec le sourire l’offre de quelques Seychellois avisés qui prennent d’assaut la vingtaine de touristes hésitants, proposant vélos ou chars à bœufs puisqu’il n’existe que très peu de véhicules à moteurs. Jusque dans les années 1970 les chars à bœufs représentaient le seul moyen de locomotion sur l’île.
Un Seychellois plus détaché attire notre attention : assis sur le banc de son char à bœuf, il attend le visiteur sans précipitation et convient parfaitement à notre objectif simple, notre ambition modeste : voir ce qui fait encore rêver des millions de Terriens. Un tarif vite négocié, vite accepté, et nous voici avec un chauffeur d’un genre particulier pour la journée. Malgré son avertissement “attention la tête“, je me cogne à une poutrelle en grimpant à l’arrière du char aux deux grosses roues de bois qui oscillent sur la route irrégulière. Le confort est frustre mais la récompense est là : le claquement de langue de notre rasta aux longues dreadlocks est le seul son qui trouble l’atmosphère et les effluves de terre mouillée remplacent avantageusement l’air conditionné.
Cahin-caha, nous dépassons les échoppes pour touristes qui vendent tout ce qui peut être estampillé “Seychelles”, puis le poste de police, la poste, les dernières maisons de bois peintes en blanc, en vert pâle. Les jardins sont fleuris, luxuriants ; fleurs de gingembre et oiseaux de paradis rivalisent avec les buissons épineux de bougainvillées fushia qui cascadent en grappes lourdes le long de la route. Volontairement, nous laissons aux touristes déjà présents la primeur de la visite aux tortues géantes parquées dans des enclos qui manquent de poésie.

Un ou deux kilomètres plus loin, c’est un vieux cimetière colonial que l’on dépasse : des pierres tombales de guingois, aux inscriptions en français diluées par le temps, témoignent de l’histoires des Seychelles…
Au croisement d’un chemin nous bifurquons sur la gauche pour emprunter l’allée de terre d’une huilerie située dans une ancienne cocoteraie. Une halte quasi obligée pour une démonstration d’extraction d’huile de coprah, avec toutes les étapes du traitement de la noix de coco, qui nous oblige au souvenir des esclaves jadis enchaînés à cette lourde meule de pierre aujourd’hui entraînée par un bœuf…

A un jet de roues, c’est la maison coloniale qui servit de décor au dernier film de la série des Emmanuelle qui nous est présentée (photo ci-dessus). Outre son imposant toit de palmes et son immense varangue, c’est avec un demi-sourire que notre chauffeur rasta signale qu’elle appartient au chef de l’état seychellois et qu’elle est aussi la résidence estivale d’autres chefs d’états, tels que… Bill Clinton et… Jacques Chirac (l’océan indien aime l’ancien président qui le lui rend bien).

Mais en nous retournant, nous remarquons surtout les petites cases de bois de palmes d’environ deux mètres sur trois, en bordure de propriété, et qui abritaient les esclaves de cette demeure. Dans l’air flotte un parfum sucré de vanille dont les gousses replètes s’accrochent en lianes au tronc de quelques arbres alentours ; dans les clayettes devant les anciennes cases d’esclaves, elles brunissent au soleil, exhalant ces effluves de pâtisserie de nos grands-mères…

A compter de cet endroit, nous allons à pieds et sans nous faire prier, sur un étroit sentier à l’ombre d’immenses blocs rocheux qui abritent frangipaniers parfumés et buissons d’allamandas aux fleurs citron. Au gré de notre promenade paresseuse nous aboutissons régulièrement sur de minuscules plages privées qui font crépiter les déclencheurs de nos appareils photo. Ici le bleu du lagon tranche sur le rose du granit. Une façon comme une autre de nous souvenir que, lorsqu’elle fut découverte en 1744 par Lazare Picault, l’île de La Digue fut nommée “l’Île Rouge” du fait de ces roches énormes blotties sur les plages et qui prennent un reflet flamboyant au soleil couchant.

Plus loin, c’est un palmier célèbre qui nous arrête : avec une tête feuillue léchant l’écume qui vient mourir sur le sable immaculé, son tronc ployé humblement a pourtant vu défiler le postérieur des top models les plus célèbres du monde. Un cadre parfait pour les plus grandes séances photos de mode, et tout particulièrement pour les numéros d’été présentant les bikinis griffés sur fond de sable blanc.

Enfin, et après un ou deux soubresauts de midinettes désireuses de faire partie du paysage tant convoité (”on y est ?…” et “non, je ne crois pas, poursuivons…“), nous débouchons enfin sur la mythique plage de Anse Source d’Argent. Et nous comprenons alors pourquoi elle est régulièrement citée parmi les dix plus belles plages de la planète…

Un long ruban de sable farine serpente devant un lagon peu profond jusqu’aux éboulis de roches granitiques roses, tombées de la montagne en des temps anciens. Les coraux affleurant la surface offrent des jeux d’ombres et de lumière à l’anse translucide et je devine les poissons de récifs qui s’ébattent à l’abri des grands prédateurs. Si le paysage nous laisse muettes un instant, nous décidons très vite de poursuivre jusqu’au bout, là-bas, et de nous perdre entre les roches célèbres.

Ce matin peu de touristes ont fait l’effort de suivre le chemin de sable jusqu’ici et nous ne croisons qu’une dizaine de vacanciers trop heureux de se partager le littoral en toute quiétude. Mais personne ne va jusqu’au bout de la plage, là où les roches de granit rose coupent la route aux plus audacieux. Et je veux toucher ces pierres polies par le vent, je tiens à effleurer ce cuir usé, un cuir modelé par des siècles d’érosion, tanné par les embruns et l’ardeur du soleil.
La marée montante caresse nos genoux mais nous allons encore au-delà, jusqu’à ce que les vaguelettes nous soufflent de rebrousser chemin sous peine de nous rouler dans l’eau, avec nos sacs et nos appareils photo…
Nous sommes allées au bout de l’Anse d’Argent, au bout de notre rêve…
A partir de ce jour nous en nourrirons un autre…
(voir mon album photo sur les Seychelles)
Mots-clés :La Digue, Océan indien, Seychelles






Bonjour Marie-Ange,
Cela fait un moment (quelques mois je l’avoue) que je parcours votre site internet que je trouve d’un grand réconfort surtout en ces jours de grisaille. Tant les photos que les textes me font voyager le temps d’une courte pause au bureau….
Voilà c’était juste pour dire: MERCI!
Merci pour ce beau récit et ces belles images.
As-tu eu l’occasion d’aller à Campomoro en Corse ? On y trouve des rochers d’une couleur ivoire éclatante, taillés par le vent et la Mer. Ils ressemblent terriblement à ceux de tes photos…
Bonjour Stéphanie,
Un grand merci d’avoir pris le temps de vous exprimer ici. C’est réconfortant et gratifiant lorsque mes lecteurs s’identifient, le temps d’un petit commentaire, pour me signaler qu’Un Monde Ailleurs leur apporte un peu de rêve…
Merci à vous…
vraiment sympa cet article
Tomawak Diver : non je ne connais pas encore la Corse (trop proche ?…
) mais j’ai le projet de m’y rendre dans les deux ans à venir. Je garde ta suggestion en archives… Merci ! 
Henry : merci. Ce n’est pas qu’une carte postale dans mon esprit, c’est avant tout un excellent souvenir de quiétude, de sérénité. Et en harmonie avec ma meilleure amie qui l’a ressenti aussi de cette façon. Pour une fois je n’avais pas noté mes impressions ce jour-là, mais en regardant mes photos tout m’est revenu en tête, les sons, les parfums, les couleurs,…
Bonjour Marie Ange,
Juste merci, pour cette merveilleuse réelle poésie.
Encore et encore …
Merci Yves.
La poésie se traduit par une façon particulière d’exprimer un ressenti, un regard différent sur un évènement, une personne, un paysage,… Sur l’instant il faut juste savoir se détacher de ses a priori, s’éloigner de la pensée commune, et profiter un peu pour soi, se laisser aller à ressentir, s’autoriser à se laisser imprégner par l’émotion.
Et ensuite accepter de les exprimer…
Les Seychelles recèlent quelques plages merveilleuses, mais il y en a tant dans ce vaste monde… J’ai choisi de raconter celle-ci parce qu’elle est un mythe mais que, même en s’éloignant du bien-pensant général, on ne peut qu’être ému(e) par la beauté effective de ce lieu.
Et comme je l’ai déjà expliqué plus haut, et dans d’autres articles, en tant que voyageur on se fixe souvent des buts à atteindre, des lieux fantasmés que l’on souhaite voir un jour. Pour moi ce n’est pas Naples, mais quelques endroits ponctuels, symboliques de l’éloignement, du voyageur, de l’exotisme au sens strict du terme, ou très personnels. Chacun trouve son Graal de voyageur au fond de lui-même, dans les méandres de ses désirs. Je repousse les miens, au fur et à mesure que je les atteins…
Marie Ange,
Il y a dans tes mots de la justesse et beaucoup de délicatesse.
Je trouve que nous avons de la chance, nous petits passants du Net que nous sommes, de pouvoir profiter de ta générosité.
Quand je dis “encore et encore”, j’espère vraiment que tu continueras à nous transporter sur ta partition poétique.
Je pense néanmoins que ton Graal n’est pas ton prochain but ni les précédents, mais bien le chemin sur lequel tu nous amènes.
Juste Meeerciiiii.
Bonjour Marie-Ange,
il est 13h10 et dans la grisaille normande je vais me préparer à retourner au travail.Je viens de tomber par hasard sur votre article et déjà le poid d’être de retour des Seychelles s’allège.Je sais pourquoi entre autre ,je vais retourner travailler cet après-midi:c’est pour aller de nouveau aux Seychelles le plus vite possible!votre article sur ce pays m’a littérallement transporté là-bas et mis des mots sur ce que j’ai ressenti et ce que j’ai envie de raconter à longueur de journées.Vous l’aurez compris le virus des Seychelles est en moi ,car ce fût un merveilleux voyage doublé de notre mariage.Continuez de nous faire réver…
Bonjour Aline,
Et merci d’avoir pris le temps de commenter mon recit, je suis allee par deux fois aux Seychelles et, comme vous, j’y ai ete en quelque sorte envoutee…
Heureuse de vous avoir permis de prolonger un peu votre voyage…
.-)
salut merci pour cette collection des photos pour les méllieur plages dans le monde .j’aime bien regarder touts les plages dans le monde , et marci.
Bonjour Sofiane, merci d’être passé par Un Monde Ailleurs et d’avoir pris le temps d’inscrire un petit commentaire. D’autres photos de plages viendront enrichir ces pages prochainement…
Salut Marie-Ange, vous avez le don pour l’écriture…Quand je lis votre récit j’ai des frissons . Je dois aller aux Seychelles en février à la Digue j’y suis déjà grace à vous . Merci Aurore
La Digue est une île superbe, très “nature” même si elle est sophistiquée grâce à ses plages de rêve qui sont mondialement connues. Mais il ne faut pas aller sur La Digue sans prendre le bateau pour aller vous promener un peu sur Praslin, toute proche, et plus grande (voir la Vallée de Mai et la plage de Anse Lazio, ma préférée).
Un voyage aux Seychelles est un voyage dont on rentre forcément heureuse… Alors bon voyage Aurore…