J’ai dormi d’un sommeil de plomb, malgré les cris incessants des singes hurleurs et malgré mes appréhensions : finalement je n’aurai surveillé aucune progression d’insecte, j’ai fait confiance aux lézards qui les traquent impitoyablement. Mais ce matin j’hésite à entrer dans la petite salle de bains sans fenêtre, supputant la présence indésirable d’une saleté à huit pattes dont j’ai vu quelques spécimens velus, sous verre, un peu partout en ville et à l’aéroport. Nous sommes en Guyane, pour le tournage d’un épisode de la série La Route de l’Eau.
Finalement je vais ruser : j’envoie l’Homme en éclaireur dans la salle de bains pour me garantir qu’il n’y aura aucune observation fâcheuse pendant mes ablutions et j’y entre délibérément sans mes lentilles de contact, ce qui me permet de faire l’autruche ! Futé ou couard, c’est le seul moyen que j’ai trouvé sur l’instant pour surmonter ma crainte tout en m’assurant un minimum d’hygiène. Mais de toutes façons, dans ce refuge au village de Ouanary situé sur la rivière du même nom, à quelques kilomètres de l’embouchure de l’Oyapock sur l’Atlantique, il n’y a pas d’eau chaude et la fraîcheur de l’eau de source ne me retiendra pas longtemps sous la douche. Même si, en ce jeudi de janvier 2005, la température frise les 34° et l’hygrométrie défie l’entendement ici, aux abords de la forêt équatoriale.
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