Le bestiaire du Mato Grosso do Sul, Brésil

boulerecit.jpgAu Mato Grosso do Sul, province située au Sud du mythique Pantanal brésilien (qui n’est autre qu’un vaste marécage mais une réserve écologique classée patrimoine mondial), j’appréhendais ma rencontre avec les araignées de toutes formes, et de préférence énormes… Mais en fait d’insectes, si la région bourdonne en permanence du vol des moustiques, papillons de toute beauté, et autres bestioles ailées en tous genres, je n’ai longé qu’un immense mur en toile d’araignées sur lequel s’ébattaient des dizaines de microscopiques têtes d’épingles vermillon. Nul doute qu’elles étaient menaçantes, mais si petites que la raison prenant le pas sur l’appréhension, je me suis contentée d’accélérer le rythme en évitant surtout de chercher la véritable maîtresse des lieux qui devait pourtant bien me surveiller, aux aguets…

Anaconda du Brésil
A part cette vilaine rencontre, l’Homme m’a rapporté avoir chassé le premier soir de mes cheveux, d’un revers de roman qu’il lisait à mes côtés, un énorme cafard qui courait sur l’oreiller. Grâce à sa description, je pense qu’il s’agissait de ceux que j’ai hébergé (à mes dépens) dans mon appartement sur l’île de La Réunion : grand comme un pouce d’adulte, un coup de pied, une pichenette, vous le retournez sur le dos, et il s’asphyxie en quelques minutes. Pas bien méchant… Morte de fatigue après trois jours de voyage depuis notre départ de Paris, cinq décollages et atterrissages, et un léger décalage horaire de 6 heures, je n’ai rien senti !

Mais la rencontre la plus risquée se fera à Baia Bonita, à une vingtaine de kilomètres de piste de sable rouge de Bonito, la petite ville où nous logions pour cinq jours. Cette réserve écologique, tenue par un Français ravi de notre visite, abrite sur des hectares en plein paysage de pampa argentine, une jungle naturelle regroupant à l’état sauvage, mais protégé, les animaux endémiques de la région. Parmi ces animaux que j’ai pris un immense plaisir à photographier puisque les conditions ne ressemblent pas du tout à celles d’un triste zoo, j’ai immortalisé un tapir adulte et un jeune, des aras multicolores, un toucan, des perroquets verts pomme, des loups, des émeus, un agouti, et… le très célèbre anaconda (photo en tête d’article).

Le plus grand serpent du monde, capable d’atteindre les dix mètres de long, était hébergé là pour des soins après avoir été capturé puis maltraité. Le vétérinaire brésilien nous a exceptionnellement laissé entrer dans l’enclos et j’ai suivi le réalisateur, puis René Heuzey, notre cameraman sous-marin, pour prendre les photos du tournage. Petit à petit, en écoutant les recommandations faites à mi-voix par le vétérinaire, je me suis approchée du bord de cette mare dans laquelle l’animal de cinq mètres était vautré (une femelle) et elle est venue se glisser langoureusement sous mon objectif. J’ai pris un, deux, trois photos, en maudissant la faible vitesse d’inscription de l’appareil numérique qui enregistre en très haute définition pour des usages destinés à la presse et à l’édition. Jusqu’à ce que le directeur de la réserve ne touche doucement mon coude pour me murmurer « attention, lorsque l’anaconda se place en S comme cela, il est prêt à bondir vers sa proie…« . Là, j’avoue que je me suis souvenue qu’il s’agissait d’un reptile capable d’étouffer un adolescent, d’ingurgiter un boeuf, et en tout état de cause le seul prédateur à faire reculer un caïman de taille moyenne…

La grosse tête d’écailles cuivrées me fixait avec ses yeux fixes mais si intelligents que j’ai eu, un instant, l’impression d’être en communication avec cette grosse femelle paresseuse qui avait, quelques minutes auparavant, lascivement léché l’objectif de la caméra sous-marine d’une langue définitivement fourchue et fouineuse. Je me suis contentée de l’interpeler mentalement « tu ne veux pas me bouffer, hein ?…« . Mais, sans autre réponse de sa part qu’une surveillance aigue de mes faits et gestes, j’ai reculé d’un pas, puis deux, sans la quitter du regard. Et je suis sortie de l’enclos, ravie de mes photos ! D’ailleurs, je vous propose de feuilleter l’album photo ci-dessous.

Le jacaré, ou crocodile, du Brésil

Quelques minutes plus tard, nous étions sous un soleil implacable au bord d’une vaste étendue d’eau peu profonde et nous filmions des jacarés, la version locale du caïman noir. Ceux que nous avons vus font dans les deux mètres de long, et ondulent vers vous en surface dès qu’ils vous aperçoivent sur le ponton de bois qui surplombe la pièce d’eau. Certains restent passifs, à griller sur une rive sous le soleil, gueule ouverte dévoilant un sourire cynique… D’autres, tel le spécimen ci-dessus, se montrent plus agressifs et sont capables de bondir hors de l’eau sur une hauteur de plus d’un mètre pour capturer un oiseau venu se nourrir ! L’un d’entre eux se tenait pattes écartées, queue pointée vers le fond du plan d’eau juste en-dessous de nous : et le vétérinaire nous a demandé de rester prudents parce que cela indique qu’il est prêt à sauter…

En observant ces sauriens bien peu sympathiques, je me suis souvenue qu’ils sont les descendants les plus proches des dynosaures. Je veux bien le croire ! Observez leur mâchoire, et vous comprendrez pourquoi j’ai préféré mon face à face exceptionnel avec l’anaconda…

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2 commentaires pour Le bestiaire du Mato Grosso do Sul, Brésil

  1. Sandrine on 19 mai 2005 at 10 h 10 min

    Très bien. ça donne envie de bouger tout ça. Y’a la même chose quelque part sans les bestioles partout ?…

  2. Un Monde Ailleurs on 19 mai 2005 at 11 h 20 min

    Tiens ! Ma soeur !… :-)

    Justement, le plaisir de la découverte, ça passe aussi par les bestioles !… J’avais toujours pensé que je ne mettrais jamais les pieds au Brésil à cause de ces rencontres désagréables avec les araignées, entre autres, mais finalement si je n’étais pas allée au Brésil, je n’aurais jamais eu la possibilité de photographier de près le plus grand serpent du monde ! Je n’aurais pas vu de tapir en liberté, d’agoutis dans la forêt (une sorte de gros, gros rongeur) et des animaux dont je ne connaissais même pas le nom ! Découvrir, c’est accepter d’aller au-devant de ses propres peurs, sinon il vaut mieux rester assis devant son écran de télévision…

    La prochaine fois, je t’emmène ?!… ;-)

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